Asghar Farhadi est un réalisateur très apprécié chez nous. Son dernier film, « Une Séparation », a récolté pas moins de 750 000 $ en recette au Québec. Il a également remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2012. Inutile de dire que sa toute nouvelle œuvre, « Le Passé », était attendue, surtout qu’il s’agit du premier long métrage qu’il tourne en français.

Le Passé raconte l’histoire d'Ahmad (Ali Mossafa), un homme qui fait le voyage à Paris depuis Téhéran pour revoir Marie (Bérénice Bejo), son épouse française. Leurs retrouvailles n’ont toutefois rien de bien romantique.

Après 4 ans de séparation, Marie a rencontré un nouvel homme, Samir (Tahar Rahim), et compte bientôt refaire sa vie avec lui. En fait, tout ce qu’il lui reste à faire pour enfin tourner la page est de couper officiellement les ponts avec Ahmad. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est de retour au pays, afin de finaliser les procédures de divorce.

Cependant, bien vite, Ahmad ne va pas se contenter de signer de simples papiers et va s’impliquer activement dans la vie de cette famille qu’il avait quittée quelques années auparavant, ce qui ne sera pas sans conséquence. Il va entre autres renouer avec Lucie (Pauline Burlet), l’aînée de Marie. L’adolescente voit d’un mauvais œil qu’un autre homme emménage chez elle et ne va pas se gêner pour le crier haut et fort en menant la vie dure à sa mère.

Ahmad va donc légitimement se retrouver entre les deux femmes, à jouer, bien malgré lui, les médiateurs. En grattant un peu, il va aussi découvrir un terrible secret qui pourrait bouleverser à jamais leur vie.

Dispute et souffrance

Ce qui m’a le plus marqué dans Le Passé, ce sont ces quelques scènes d’engueulade. Sans dire que le film repose complètement sur celles-ci (finalement, on peut les compter sur les doigts d’une main), on ne peut nier qu’elles possèdent une force et une intensité dramatique comme on n’en voit que très rarement au cinéma.

Mais on ne s’engueule jamais pour le plaisir dans Le Passé. Chaque dispute trouve légitimement sa place dans l’intrigue; on pourrait même dire qu’elles sont nécessaires pour faire progresser l’histoire. 

À ce propos, ce serait un véritable crime de ne pas parler de l’excellente prestation de Bérénice Bejo, qui interprète avec brio une femme épuisée qui ne sait plus où se mettre. Sa performance lui a d’ailleurs valu le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes. C’est tout à fait mérité.

Une partie de la distribution du long métrage fait appel à des enfants. On remarquera surtout le jeu d’Elyes Aguis, l’interprète de Fouad, le fils de Samir. Grâce à son interprétation tout en nuances, il arrive à nous montrer, au fil de ses répliques, la candeur, l’intelligence et l’imprévisibilité des enfants. Asghar Farhadi a misé juste en lui confiant un rôle assez important.

Le Passé mise donc sur une solide distribution. Le scénario est également de haut niveau. Si l’histoire commence dans le silence (littéralement) et est dénouée de complexité, elle ne tarde pas à se ramifier, telles les racines d’un séquoia. Le film sait toutefois demeurer cohérent et évite de s’éparpiller dans tous les sens, même si certains personnages semblent un peu moins importants (je pense notamment au couple qui tient un restaurant). 

Verdict

Le Passé évoque brillamment la nostalgie, l’immigration, le deuil, le conflit intérieur et interpersonnel et surtout, la souffrance humaine. Chacun doit vivre avec sa peine et faire tout son possible pour éviter de ressasser le passé. Mais comme on le dit, ça ne sert à rien de vouloir aller de l’avant si on n’a pas fait la paix avec son passé. Asghar Farhadi nous le prouve ici admirablement.

Cote : 4 étoiles sur 5 

 

Le Passé prend l'affiche le 31 janvier 2014.

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Metropole FIlms

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