BORNES ÉLECTRIQUES

Le plus grand défi de l'humanité, si ce n'est dépasser son interminable ego, est d'accepter. D'accepter que, parfois, on ne peut rien y faire; que parfois, ce n'est pas en notre pouvoir; que parfois, on a tout fait ça pour rien. Aujourd'hui, on philosophe sur l'acceptation.

À LIRE AUSSI: Bien vivre - La vie est simple

Ce n'est un secret pour personne, du moins je l'espère, l'être humain est un contrôlant compulsif. Poussé par sa peur de l'inconnu, il a toujours tenté de prédire le futur, que ce soit à l'aide du vieux shaman à la longue barbe et aux doigts pointus, de calculs mathématiques avancés ou de longues réflexions solitaires face à une belle femme, l'homme se pose des questions sur le futur et tente de planifier chacun de ses actes pour ne pas être déçu, triste ou frustré. Il est normal, dans le sens majoritaire du mot, de tenter de fuir les émotions négatives. Il n'y a pas beaucoup de gens qui aiment réellement souffrir, à l'exception de quelques masochistes éparpillés sur la surface du globe, qui se fouettent avec un sourire déviant. Cependant, fuir continuellement la souffrance et la déception est l'équivalent de tenter de fuir la poussière. Elle est partout, elle va survenir et on ne pourra jamais totalement l'éradiquer. Je ne dis pas cela dans un sens pessimiste, sans espoir. Cependant, je crois qu'il est important, dans le but de mieux vivre, d'accepter cette réalité. Accepter que, oui, dans un futur proche, je vais certainement souffrir pour une raison X. C'est inévitable. L'idée d'un bonheur infini et continuel, proposé par de vieux philosophes, l'idée d'un état qui, lorsqu'il est atteint, nous procure la joie éternelle et inébranlable, est un bien beau rêve, mais c'est tout ce que c'est, un rêve, un idéal, une utopie. C'est encore cette peur de l'inconnu et de la souffrance qui nous pousse à imaginer qu'un tel état est atteignable, comme une sortie de secours à ce long tunnel qu'est la vie incontrôlable.

Évidemment, je ne vous demande pas d'aimer souffrir. C'est impossible pour moi aussi; je ne retire aucune joie lorsque j'échoue, lorsque je m’explose le coude sur un coin de mur ou lorsque je perds mon emploi. C'est normal, on ne peut par éradiquer nos émotions, sinon on serait des robots, insensibles et inhumains. Par contre, quand bien même je perdrais mon emploi, quand bien même je serais triste, à un moment, il faut l'accepter et en revenir. On ne peut pas se lamenter, chialer, rester seul dans le noir à sombrer dans la mélancolie, alors qu'on n'y peut plus rien. Le fait est que le mal est fait, les événements sont du passé. Peu importe ce qu'on aurait donc dû faire pour éviter cette situation, là, tout de suite, il est trop tard. Ne pouvant pas retourner dans le passé et changer les choses, il ne nous reste qu'une seule option viable : accepter.

Parce que la plupart du temps, les gens gaspillent leur énergie sur des choses qu'ils ne peuvent pas contrôler.

Que ce soit de stresser parce qu'une femme ne répond plus à vos textos, d'être anxieux à cause du lent trafic sur l'autoroute, de brailler parce qu'on vous a volé votre voiture ou de vous plaindre parce que votre appartement est en flammes, le fait est que là, présentement, vous n'y POUVEZ absolument RIEN.

Vivez votre colère, votre tristesse, donnez quelques coups de poings sur votre sac de boxe, criez un bon coup, mais ensuite, acceptez et laissez aller. Je sais qu'il serait tentant de tomber dans le noir et d'écouter du gros heavy metal sale juste pour étirer la sauce le plus possible, mais ça, ça ne sert à rien. Ça, c'est l'ego qui veut se sentir victime, pour ne pas avoir à accepter.

Laissez aller.

C'est une grosse étape que de lâcher les commandes, mais c'est important, et ça fait du bien.

Je ne vous dis pas de lâcher toute tentative de contrôle, de devenir une amibe et de vous jeter sans la rivière, en fermant les yeux et en espérant que tout va bien se passer pour vous. Dans la vie, si vous voulez quelque chose, eh bien il faut travailler. Par contre, il faut accepter qu'il est possible qu'on échoue. Il faut accepter le fait qu'on ne contrôle pas les obstacles extérieurs. Il faut accepter la souffrance éventuelle et présente lorsqu'elle survient.

Étrangement, et ironiquement, lorsqu'on accepte de souffrir, lorsqu'on accepte l'inconnu et l'incontrôlable, on en devient plus heureux. Parce qu'on NE voit PLUS les échecs, la souffrance, les obstacles, comme des choses à éviter à tout prix. On les voit comme des choses qui arrivent. Ce n'est plus négatif ou positif, cela est, tout simplement. Et c'est la réalité! Car, une expérience n'est négative qu'à travers des yeux humains. Pour l'univers, les choses sont, tout simplement. Qu'on les perçoive comme bonnes ou mauvaises, ça, c'est individuel, c'est personnel et relatif à notre expérience à nous. Et si on change notre angle de vue, si on regarde l'inconnu sous un autre angle, en laissant aller et en acceptant, c'est toute notre perception de cet univers qui change. Et c'est pour le mieux.

À lire aussi : La peur de ne plus exister

Contrôlez ce que vous pouvez contrôler, là, tout de suite; pour tout le reste, laissez aller.

Source(s) image(s):
Nikonforever

Commentaires