BORNES ÉLECTRIQUES

Après « Le petit ciel », une comédie dramatique sortie en 2000 et mettant en vedette Julien Poulin, Jean-Sébastien Lord change complètement de registre avec « L'ange gardien », son deuxième long métrage, qui a été présenté en première au Rendez-vous du cinéma québécois.

Une découverte qui va changer sa vie

Normand (touchant Guy Nadon) est un gardien de nuit dans un immeuble de la métropole. Un soir, alors qu'il fait sa énième ronde, il tombe sur un jeune couple, Nathalie (douce Marilyn Castonguay) et Guylain (percutant Patrick Hivon), qui essaie de voler l'argent de la caisse de la cafétéria de l'édifice.

Aussitôt, les deux malfrats prennent la fuite. Malgré son âge et ses problèmes de santé, Normand décide de les poursuivre. Finalement, il les laisse partir. Peu de temps après l'incident, contre toute attente, Nathalie revient le voir. Elle n'est plus avec son amoureux et ne semble avoir nulle part où aller. L'ancien policier lui ouvre la porte de l'immeuble, puis petit à petit, lui ouvrira la porte de son cœur.

Deux négatifs donnent un positif

Bien vite, on comprend que l'ange gardien n'est peut-être pas nécessairement le veilleur de nuit. Chacun semble avoir besoin de l'autre pour panser ses plaies. Dès le début, on sait que Nathalie a de gros soucis, mais rien ne nous indique vraiment que c'est la même chose pour Normand. Or, au fil de leurs rencontres, on va se rendre compte que l'agent de sécurité cache bien son jeu. Derrière sa coquille d'homme fort, il y a un être qui souffre profondément et qui n'a pas encore fait le deuil de la perte d'un être cher.

Le film de Jean-Sébastien Lord se déroule donc majoritairement dans l'immeuble froid dont Normand doit s'occuper la nuit. Il y a bien quelques scènes qui se passent avec la femme de Normand (Véronique LeFlaguais) à son domicile ou encore dans le logement de Guylain, mais on se rappelle surtout des scènes tournées la nuit.

Les lieux choisis (les longs couloirs d'entrepôt, le local du concierge ou le toit de l'immeuble) peuvent parfois nous sembler austères. En revanche, ils cadrent parfaitement avec le contexte du long métrage. Et au final, on finit même par ressentir toute la chaleur qui se dégage des personnages, qui ont appris à revivre en la présence de l'autre.

Par contre, les scènes qui se passent à l'extérieur de l'édifice ont quand même leur intérêt et n'ont pas été ajoutées pour combler des vides scénaristiques. Ils contribuent à donner une atmosphère particulière au récit et aident à mieux comprendre les deux personnages principaux. Par ailleurs, le rythme est soutenu et s'accélère surtout vers les 15 dernières minutes où l'on est tout simplement rivé à notre fauteuil (peu de films québécois m'ont procuré cette sensation récemment). La finale est brutale, mais nécessaire.

Si on voulait s'enfarger dans les fleurs du tapis, on pourrait parler de la prévisibilité de certains éléments du scénario ou encore du ton parfois trop mélodramatique du film. Néanmoins, ces quelques petits défauts s'oublient assez vite et les nombreuses qualités de la production prennent rapidement le dessus.

Verdict

L'ange gardien ne se termine peut-être pas dans la joie ou les rires, mais est l'un des films québécois les plus inspirants des derniers mois. Guy Nadon et Marilyn Castonguay y forment un duo touchant et lumineux qui est représenté à merveille grâce à la réalisation sobre de Jean-Sébastien Lord. Espérons qu'il n'attende pas encore une décennie avant de nous offrir son prochain long métrage!

 

Cote : 4 étoiles sur 5

 

L'ange gardien prend l'affiche le 7 mars 2014.

Source(s) image(s):
K-Films Amu00e9rique

Commentaires