BORNES ÉLECTRIQUES

Si on dit qu’il n’existe pas de crime parfait, les crimes non élucidés sont une réalité. S’il s’agit parfois de délits mineurs, d’autres crimes beaucoup plus sordides et atroces laissent les policiers nager en plein mystère pendant des mois, des années et même des décennies. Parmi ces causes ayant laissé pantoises les forces de l’ordre se trouve celle du Daliah Noir, à laquelle nous n’avons jamais associé de meurtrier.

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Qui est le Dahlia Noir?

Celle que l’on a connue sous le nom du Dahlia Noir se nommait en fait Elizabeth Short. Troisième d’une famille de cinq enfants, elle est abandonnée par son père alors qu’elle est jeune. Comme plusieurs, l’entreprise de Cleo Short n’a pas résisté au crash boursier de 1929, de sorte que les économies familiales se sont envolées. L’année suivante, son automobile est retrouvée sur un pont, complètement vide. La thèse du suicide est évoquée, mais l’homme est plutôt parti en cavale en abandonnant sa femme et ses cinq filles.

À la suite du départ soudain de son père, Elizabeth grandit avec sa mère et ses sœurs dans un petit appartement de Medford, dans le Massachussetts. À partir de l’âge de 16 ans, en raison de ses problèmes d’asthme et de bronchites chroniques, Short doit passer les longs et froids mois d’hiver en Floride avant de revenir à Medford auprès de sa famille. À 19 ans, elle retrouve son père en Californie et décide d’y déménager afin de vivre avec celui qu’elle croyait mort depuis toutes ces années.

Au tout début de l’année 1943, le père et sa fille déménagent dans la région de Los Angeles, mais se querellent violemment, forçant Elizabeth à quitter pour Camp Cooke où elle trouvera du travail. Peu de temps après, elle déménage de nouveau dans la région de Santa Barbara où elle se frotte pour la première fois au système judiciaire. En effet, les policiers procèdent à son arrestation puisqu’elle est ivre alors qu’elle est mineure. Le tribunal de la jeunesse la renvoie auprès de sa mère à Medford, mais elle retourne vivre en Floride en visitant à quelques reprises sa mère et ses sœurs au Massachussetts.

Un mariage avorté et un meurtre macabre

À son retour en Floride, Short tombe amoureuse du major Matthew Michael Gordon Jr. Pilotant dans la région de l’Inde pour l’armée américaine, Gordon Jr. fait parvenir une lettre de demande en mariage à la jeune fille. Bien qu’elle accepte la proposition, la situation tourne au drame lorsque le pilote se tue dans un accident d’avion peu avant son retour aux États-Unis. Atterrée, Short mentionnera à ses amies qu’elle avait épousé le militaire et qu’ils attendaient un enfant, ce qui était bien entendu faux.

En juillet 1946, Short déménage de nouveau dans la région de Los Angeles afin d’y revoir le lieutenant Joseph Gordon Flicking, un ancien petit ami avec qui elle a repris contact. Demeurant surtout dans la région sud de la Californie, tout semble se stabiliser dans la vie de la jeune femme jusqu’au jour où on découvre les restes de son cadavre.

Le 15 janvier 1947, alors qu’elle prend une marche, Betty Bersinger aperçoit des parties de ce qui ressemble à un corps humain. Croyant au départ qu’il s’agit d’un mannequin brisé d’un commerce, Bersinger s’aperçoit que c’est bel et bien un corps humain démembré qu’elle a sous les yeux! Elle se précipite à la maison la plus proche et contacte les policiers.

Les constables et enquêteurs arrivant sur place, ils remarquent rapidement que le crime n’a rien de banal. Non seulement le corps est-il affreusement mutilé, arborant notamment de profondes coupures aux joues donnant un sourire sinistre au cadavre, mais il a tout bonnement été sectionné en deux à la région du bassin! Le torse et l’abdomen se trouvent à un pied de distance et les intestins ont été solidement noués sous les fesses du cadavre. De plus, ce dernier a été complètement vidé de son sang tandis que ses membres ont été disposés méticuleusement. En outre, ses bras ont été placés au-dessus de sa tête en formant des angles de 90 degrés au niveau des coudes, tandis que les jambes ont été écartées. Tout près du corps, on retrouve un sac de ciment contenant du sang aqueux de même qu’une empreinte de talon au milieu de traces de pneus.

Le cadavre est confié aux pathologistes pour une autopsie, où on conclut qu’il s’agit bel et bien d’Elizabeth Short. De nombreuses blessures sont visibles aux poignets et au cou, et même si le pathologiste ne diagnostique pas une commotion cérébrale, il mentionne dans son rapport que la jeune femme a reçu plusieurs coups à la tête. Le médecin conclut que la mort a été provoquée par une hémorragie causée par les lacérations visibles sur le visage de Short, de même que le choc ayant suivi tous les coups reçus à la tête et au visage.

Les médias s’emparent de l’affaire

En raison de l’atrocité du meurtre, les médias s’emparent rapidement de l’histoire et, comme c’est trop souvent le cas, la publicisent à outrance tout en la romançant. En outre, on modifie les vêtements qu’elle portait la dernière fois qu’elle a été vue et on la surnomme rapidement le « Daliah Noir », prétextant qu’il s’agit d’une aventurière qui arpentait les rues d’Hollywood. Plus le temps passe, plus les journaux ajoutent d’éléments et scénarisent la situation au point où certains mentionnent que le train de vie mené par Short en faisait une victime parfaite.

Fait intéressant à souligner, la publicité autour du meurtre de Short n’a pas seulement outré la population, elle l’a aussi fascinée à un point tel que les policiers ont commencé à recevoir de plus en plus de lettres de personnes se disant être les auteurs du crime. En outre, un homme nommé Mark Hensen a téléphoné au Los Angeles Examiner en prétendant être le responsable du crime du Dahlia Noir et a envoyé plusieurs effets personnels ayant appartenu à Short pour soutenir ses dires. L’enquête a démontré que Short est bien demeurée chez Hensen avec des amis, mais qu’il n’était pas le meurtrier.

Au total, 50 hommes et femmes ont dit être responsables de cet homicide, mais aucune preuve irréfutable n’a pu les lier au crime. En quête d’une certaine célébrité ou d’un moment de gloire par rapport à un acte de barbarie ayant été fortement publicisé, ces personnes étaient prêtes à se rendre responsables ou encore à dénoncer des proches dans le but d’être connues. Certains policiers ont d’ailleurs mentionné que « c’était ahurissant de voir le nombre de personnes prêtes à dénoncer un proche dans cette affaire », tandis qu’un reporter a mentionné que la publicité engendrée autour du Daliah Noir a probablement été la source de l’échec de l’enquête, les médias s’étant emparés de tous les éléments de preuves et les ayant déformés à un point tel que les policiers ne pouvaient effectuer leur travail normalement.

Pourquoi le Dahlia Noir?

Pourquoi connaît-on cette affaire sous le nom du « Dahlia Noir »? Le tueur n’ayant jamais été identifié, cela ne fait aucunement référence à l’auteur du crime. Même en ce qui concerne Short elle-même, le surnom « Dahlia Noir » fait peu de sens au premier coup d’œil. D’où vient-il alors?

Tel que mentionné précédemment, le nom « Dahlia Noir » a été inventé par les médias afin d’identifier Elizabeth Short. On croit que cela faisait référence à ses cheveux noirs comme le dahlia noir ou encore à cette fleur qu’elle portait dans sa coiffure. Le surnom pourrait aussi évoquer les vêtements sombres qu’elle portait au moment de l’assassinat. D’autres encore lient le surnom au film Le Dahlia Bleu, paru peu de temps avant le meurtre de Short et dont l’histoire tournait autour d’une jeune femme assassinée et de la recherche de son meurtrier. Malheureusement, on ne saura jamais réellement à quoi se sont référés les médias lorsqu’ils ont ainsi surnommé la jeune femme.

L’influence du meurtre sur la culture

L’affaire du Dahlia Noir a fait couler beaucoup d’encre et a alimenté l’esprit de plusieurs auteurs et cinéastes au fil des décennies. Par exemple, James Elroy a publié un roman portant le surnom de Short en 1987, tandis que Steve Hodel a écrit un essai du nom de L’affaire du Dahlia Noir en 2005. Plus récemment, une bande dessinée racontant cette histoire a vu le jour.

Au plan du jeu vidéo, un jeu d’aventure intitulé Black Dahlia a été conçu en 1998, tandis que le jeu L.A. Noire de Rockstar Games fait ouvertement référence à cet assassinat. Le cinéma n’a pas non plus manqué l’occasion de narrer les événements de ce crime. En 2006, un documentaire titré La vérité sur le Dahlia Noir a pris l’affiche, tout comme le film Le Dahlia Noir de Brian De Palma. On a aussi évoqué cette affaire dans de nombreuses séries télévisées, dont l’épisode 9 de la première saison d’American Horror Story et les saisons 2 et 3 de la série Démoniaques.

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Source(s) image(s):
RTL.fr
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