La terrible histoire de Violette Nozière, une jeune femme accusée d’avoir tué ses parents dans les années 1930 à Paris, a été hautement médiatisée à l’époque. Ce fait divers ainsi que son procès ont déchaîné les passions. La poussière est depuis retombée, si bien que beaucoup de personnes n’ont jamais entendu parler de cette histoire. Quoi qu’il en soit, Camille Benyamina, une illustratrice qui vit à Montréal, ainsi que l’auteur et journaliste Eddy Simon ont eu envie de ressusciter cette sordide affaire et de l’adapter en bande dessinée.

S'enrichir à tout prix

Personnellement, avant d’avoir lu cette bande dessinée, je ne connaissais pas grand-chose de cette histoire. Je savais qu’il y avait eu une adaptation au cinéma par Claude Chabrol en 1977, mais ma connaissance du sujet s’arrêtait là. 

C’est donc avec grand plaisir (si on peut parler ainsi vu la sordidité de l’affaire) que j’ai découvert l’histoire de Violette Nozière. Et quelle histoire!

L’album commence en octobre 1934. Une jeune femme toute de noire vêtue, comme si elle portait le deuil, attend dans le large couloir du tribunal de Paris. Puis, on l’appelle : Violette Nozière. L’album fait ensuite un retour en arrière de quelques mois, soit jusqu’en mars 1933. On voit la même jeune femme, mais elle nous semble soudain beaucoup plus souriante. Il faut dire qu’elle semble avoir tout pour elle. Elle vient d’une famille bourgeoise très en vue. 

Mais rapidement, on s’aperçoit que tout cela n’est qu’une façade. Son père n’est pas ingénieur, mais plutôt ouvrier des chemins de fer. Elle n’habite pas dans un château, mais plutôt dans un petit appartement. Malgré cela, le climat familial semble ne pas être malsain. Bien au contraire, ses parents ont l’air de l’aimer plus que tout, et ce, peu importe le mal qu’elle peut leur faire. 

Car Violette est loin d’être une enfant de choeur. Mythomane, elle ment à tout le monde tout le temps. Elle s’invente des vies auprès de ses amants (dont certains la rémunèrent pour ses « services »), tandis qu’elle s’efforce de cacher sa double vie à sa mère et son père. 

Puis, un jour, elle rencontre Jean Dabin, un étudiant en droit. C’est le grand amour. Le seul problème, c’est qu’il est sans le sou. Mais peu importe! L’amour arrange tout et Violette est une femme pleine de ressources. D’ailleurs, elle a la solution à tous leurs maux d’argent : assassiner ses parents pour toucher un héritage et enfin être libre. 

Elle n’en dit pas un mot et passe à l’acte. Sauf que le plan ne se déroule pas comme prévu. Rapidement, son plan est révélé au grand public, qui la surnomme la « parricide monstrueuse » ou encore « l’empoisonneuse de la rue de Madagascar ». En procès, elle risque la peine capitale…

Quelques mois avant la tragédie

Ainsi, Eddy Simon a décidé de se consacrer au mois précédant son crime. Si on en croit les quelques pages explicatives avec photos historiques insérées après la bande dessinée (qui représentent d’ailleurs un bon complément à notre lecture), la jeunesse de Violette a été banale, si bien qu’on comprend que ça n’aurait pas donné grand-chose de se concentrer là-dessus.

De toute façon, les épisodes de sa vie qu’on nous présente sont largement suffisants pour que l’on se fasse une idée du personnage. Sans dire que l’auteur décrit le personnage avec une objectivité complète, il n’a pas voulu prendre clairement position dans un sens ou dans l’autre. Ainsi, la jeune femme n’est pas présentée comme un être totalement abject ni comme une pauvre victime. Il s’agit juste d’une jeune femme rêveuse, dont l’ambition démesurée l’a poussée à mentir et, surtout, à commettre l’irréparable. 

Camille Benyamina a su recréer avec beaucoup de chaleur le Paris d’avant-guerre. On remarquera ici et là les petits détails, à première vue anodins, comme le motif d’une tapisserie ou le chapeau de l’héroïne, mais qui, pris ensemble, accroissent l’authenticité de l’oeuvre. En parlant du personnage principal, Violette possède une grâce féminine et une sensualité presque féline qui fait d’elle une véritable chasseresse d’hommes. Mais cette panthère ne réserve ses crocs que pour ses pauvres parents qu’elle manipule à tour de bras et dont le seul crime aura été de tenter de tout lui donner. Elle préfère ronronner avec les hommes et ce sera cela son plus grand vice...

Verdict 

Bien qu’étant moins connue que le Dahlia noir, l’histoire de Violette Nozière vaut assurément le détour. Et quelle meilleure façon de découvrir cette affaire, et plus particulièrement son principal protagoniste, que de lire le merveilleux album de Camille Benyamina et Eddy Simon? Bref, avec sa grâce et sa finesse, cette bande dessinée vous prouvera, une fois de plus, qu’il ne faut jamais se fier aux apparences et, qu'à l’instar des plus majestueux félins, derrière la plus belle femme peut se cacher un être féroce et assoiffé de sang. 

 

Cote : 4 étoiles sur 5

 

Source(s) image(s):
Casterman

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