BORNES ÉLECTRIQUES

« Je ne peux pas croire qu’il l’a tuée, c’était un si bon voisin. » Des mots difficilement compréhensibles pour décrire un homme qui vient de commettre l’irréparable. Des mots terrorisants qui nous rappellent pourtant que les homicides conjugaux existent aussi au Québec. Ça peut être effrayant de concevoir que les familles qui vivent l’horreur habitent près de chez nous. Ou encore de réaliser qu’il s’agit de personnes qui peuvent drôlement nous ressembler.

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Situation

Tous s’entendaient pour dire que Dave était un homme charismatique. Les gens qui le connaissaient savaient qu’il avait un fond d’insécurité, mais bon, rien qui l’empêchait de travailler, de faire la fête, d’aller s’entraîner, d’aller souper le dimanche chez sa belle-famille. À l’image de plusieurs Québécois, il aimait écouter le hockey avec ses chums dans un bar sportif plutôt tranquille. Ne lui parlez pas de la Cage aux Sports, trop bruyant à son goût!

En deux ans de relation, ça faisait à peu près 16 mois que ça niaisait avec sa blonde. Lorsque Dave aimait, l’insécurité montait d’un cran et il démontrait un besoin omniprésent de contrôler les faits et gestes de sa conjointe. Il interprétait tout comme étant provocation et mensonge. Les comportements violents de Dave envers son amoureuse n’aidaient en rien à maintenir l’amour. « Je ne frapperais jamais une femme », se disait-il, pour se rassurer à la suite des nombreuses crises qu’il provoquait. En contrepartie, les gestes de violences psychologique et verbale avaient augmenté en intensité au fil des mois.

Dave n’était plus du tout l’homme que sa conjointe avait déjà aimé. Il lui faisait peur de par la rage et l’impulsivité qu’il démontrait. Elle aurait tellement souhaité qu’il demande de l’aide. « Tu me prends pour un essti de fou? Tu vois pas que c’est toi qui as un problème?!? » Même si elle avait fait de gros efforts pour se mouler à la personnalité de Dave, il semblerait qu’elle n’en faisait jamais assez pour lui.

Sans en parler à personne, Dave avait lui aussi peur. Lorsqu’il en venait à se convaincre qu’elle était la source de tous ses problèmes, il avait parfois des envies de la tuer. Malgré tout, il réussissait quand même à se calmer pour passer à autre chose. Sauf une fois, la fois de trop, lorsqu’elle lui avait dit que c’était VRAIMENT terminé et qu’elle le quittait. Dave avait explosé de rage. Pour ne pas tomber dans le voyeurisme, je vous épargne les détails de la suite.

Aujourd’hui, Dave est connu comme étant le gars qui a tué sa blonde. Jamais il n’aurait cru en arriver là. En prison, il est rongé par les remords. « Criss d’orgueil à marde, j’aurais donc dû demander de l’aide, ça aurait pu être évité si je m’étais pris en main... »

Explication

À tête reposée, rares sont les personnes qui pensent tuer leur conjoint(e) ou autre membre de la famille. L’accumulation de rage que la personne se construit lorsque celle-ci s’interprète comme étant la victime ouvre la porte aux pires impulsivités. L’homicide conjugal est un drame davantage masculin que féminin. En ce sens, il semble que les conséquences de la socialisation vont à l’encontre du développement des saines aptitudes des hommes face à la gestion des difficultés affectives.

En voiture, si je roule avec l’avertisseur check engine qui clignote pour m’avertir que quelque chose ne va pas avec le moteur, je prends le risque que ce moteur finisse par briser, fumer et couler. La colère pour l’humain joue exactement le même rôle que ce témoin d'anomalie pour la voiture. La ressentir nous permet de réaliser qu’il y a quelque chose qui ne va pas ou qui nous dérange. Ainsi, une personne qui la ressent doit d’abord se calmer pour ensuite analyser l’origine de l’insatisfaction afin de faciliter la gestion du conflit. A contrario, si un individu ignore ce check engine émotionnel, il ne serait malheureusement pas étonnant qu’un jour, il explose.

Finalement, il est rare de constater des homicides amoureux dans des conditions où le meurtrier file le parfait bonheur. Il s’agit souvent de situations dans lesquelles ceux qui posent le geste s’enlisent depuis un bon moment déjà.

Solution

Il va d’abord falloir que les hommes qui se sentent mal pilent sur leur orgueil et adoptent le réflexe de demander de l’aide plus tôt que plus tard. Les idées d’homicides sont des difficultés sur lesquelles plusieurs intervenants au Québec sont formés afin d'intervenir pour désamorcer. En ce sens, pour en savoir plus sur ces intervenants qui aident à prévenir l’homicide amoureux ou familial, je vous suggère fortement de visionner cette entrevue des Francs-tireurs. Pour les personnes qui désirent obtenir des services ou des informations sur les organismes qui interviennent en cas de violence et qui aident les hommes, rendez-vous ici.

En parallèle, il est impératif qu’une personne qui subit la violence d’un(e) conjoint(e) assure sa propre sécurité avant tout autre chose. Si cette personne se sent menacée, elle doit s’entourer des individus qui pourront lui permettre d’assurer sa protection : amis-es, intervenants des maisons d’hébergement, policiers. Et cela, SURTOUT au moment de l’annonce de la rupture définitive.

Les homicides conjugaux font certainement partie des horreurs de l’humanité. La bonne nouvelle est qu’il existe de l’aide autant pour les agresseurs que pour les victimes potentielles. Si vous croyez être l’un d’eux, n’hésitez pas à vous prendre en main!

Note à moi-même : Écrire sur l’impulsivité lors d’une prochaine chronique.

Au plaisir!

Source(s) image(s):
rowleystires

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