Samedi soir, 2e période. Lars Eller, qui joue jusque-là un match typique de lui en 2014 (donc digne d'une ligue de garage islandaise), perd une autre mise en jeu en territoire offensif. Tout de suite, il retourne au banc, prétextant une blessure. À la reprise, on ne voit absolument rien d'anormal. Pourtant, Lars ne revient pas au jeu ce soir-là. Lundi soir, même s'il a participé à la séance d'entraînement, Lars ne commence pas le match avec ses coéquipiers. La version officielle parle d'une blessure à l'aine, mais la mienne dit plutôt qu'il s'agit d'une blessure... à l'âme.

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Mardi après-midi. Je suis dans la salle d'attente de mon psychiatre pour renouveler mon ordonnance d'antipsychotiques, de neuroleptiques et de stabilisateurs d'humeur quand, du coin de l'oeil, j'aperçois un grand blond avec des lunettes de soleil qui entre en douce et s'assoit dans le fond de la salle à côté d'une madame qui tousse en tricotant des mitaines. Même s'il se cache la face avec le Châtelaine de janvier 2003, je le reconnais : Lars Eller. Je me lève pour le saluer, mais un psychiatre, un autre que le mien, sort de son bureau à ce moment :

Psy : Monsieur El... Ellé... Elli... monsieur Allaire, c'est à vous. 

Le no 81 du Canadien se lève et entre vite dans le bureau. Dès que la porte se ferme, n'écoutant que mon coeur de journaliste qui se fout un brin de l'éthique professionnelle, j'attrape un stéthoscope qui traîne et l'appuie contre la porte pour entendre ce qui se dit. Ce qui suit est une transcription mot pour mot de ce que j'ai entendu :

Lars : Bouhouhouhou! Snif! Snif! *mouche**tousse* bouhouhou!

Psy : Bon, monsieur Allaire, qu'est-ce que je peux faire pour vous?

Lars : C'est fini docteur! J'ai pu le goût de jouer! J'abandonne le hockey!

Psy : Depuis quand ressentez-vous ce goût de tout lâcher?

Lars : Snif! Samedi soir, contre les Leafs. Encore une fois, j'avais une game de marde. À un moment donné, une mise en jeu contre je sais pu qui pis...

Psy : C'est un joueur Letton ça, Jecépukipi?

Lars : ... non, oui, ah! je sais pas... snif! Pis là, la rondelle est tombée sur la glace pis j'ai perdu la mise en jeu. Encore. C'en était trop. J'en pouvais plus. 

Psy : Qu'avez-vous fait?

Lars : J'suis rentré au banc en commençant à pleurer. Je me suis assis dos au jeu, je voulais pas qu'on me voit. Après, quand la période s'est terminée, le coach Gallant est venu me voir dans le couloir en me demandant ce qui n'allait pas. J'y ai tombé din bras pis j'y ai morvé sur l'épaule pendant tout l'entracte.

Psy : Hum hum. Continuez.

Lars : Snif! J'suis pas revenu dans le match. J'suis rentré chez nous tout de suite après m'être déshabillé pis j'ai braillé dans la douche pendant une heure. J'avais pu d'eau chaude, mais ça me dérangeait pas. J'avais trop mal en dedans pour avoir mal en dehors.

Psy : Je vois. Est-ce la seule crise que vous avez vécue?

Lars : Non. J'étais censé jouer lundi aussi. Même si ça filait pas, je me disais que ça allait passer. Pendant l'échauffement, je patinais pis j'ai pris quelques shots sur le but. J'ai raté le filet sur mon dernier lancer. De beaucoup là.

Psy : Pouvez-vous être plus précis?

Lars : Ouf... Snif! J'ai... j'ai pucké le char d'un caméraman de CBC dans le parking souterrain.

Psy : Ouin, c'est plus que beaucoup, ça.

Lars : Je sais! Je me suis mis à trembler, à manquer d'air, mes yeux se sont remplis d'eau encore. J'ai pas pu continuer. J'suis pu capable d'être poche, docteur! Ça allait bien au début de l'année. Pourquoi là, ça va pu?

Psy : Bon. Ce que je sens, monsieur Allaire, c'est que vous vous mettez trop de pression.... 

Lars : Pas juste moi! Tout le monde me met de la pression!

Psy : Qui ça, tout le monde? Soyez plus précis.

Lars : Ben, les entraîneurs, le directeurs gérants, les journalistes, les blogueurs, RDS, mon père, ma mère, Alain Chantelois, mon garagiste, le gars qui conduit la « Zamboni », le vendeur de pizzas pas loin de la section 315, le fantôme d'Aurèle Joliat...

Psy : Voyons monsieur Allaire....

Lars : C'est ELLER! LARS ELLER!

Psy : Hum... Ma secrétaire a écrit Allaire, Larry Allaire. Elle vous a même appelé pour confirmer en vous appelant monsieur Larry Allaire.

Lars : Ben, elle s'est trompée, pis moi aussi!

Psy : Possible... mais je pense que c'est vraiment le nom que vous avez donné.

Lars : Quoi?!

Psy : Vous êtes sûr que vous ne souffrez pas d'un dédoublement de personnalité? 

Lars : ...

Psy : Ça expliquerait beaucoup de choses. Voyez-vous, je crois que votre commotion cérébrale de l'an dernier a laissé des séquelles plus importantes que prévu. À la suite de vos succès en début de saison où tout allait bien, votre esprit, encore fragilisé par la commotion et ayant besoin d'équilibre, a créé une deuxième personnalité pour contrebalancer. Une personnalité pour laquelle tout va mal, nommée Larry Allaire. Et cette personnalité a le dessus sur l'autre présentement. 

Lars : ... Ah oui? Mais je serais au courant, non?

Psy : Pas nécessairement. 

Lars : Donc, ce n'est pas moi qui est poche... mais bien Larry? Donc, Lars Eller est encore un bon jeune joueur de hockey?

Psy : Exactement... mais il va quand même falloir qu'il se réveille pour le rester.

 

J'aurais voulu vous en dire plus, mais j'ai été appelé à ce moment-là. Bonne nouvelle : mes doses ont été augmentées!

Source(s) image(s):
blog.univ-angers.fr

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