BORNES ÉLECTRIQUES

Au début des années 1980, un groupe de jeunes a décidé de marcher des semaines durant afin de dénoncer le racisme qu’il y avait en France. La Marche pour l'égalité et contre le racisme s’est déroulée du 15 octobre 1983 au 3 décembre 1983. Les marcheurs ont parcouru plus de 1000 km pour se rendre à Paris depuis Marseille. Le réalisateur Nabil Ben Yadir a décidé de raconter leur histoire dans son dernier long métrage : « La Marche ».

Un événement important mais peu connu

Les plus jeunes, surtout chez nous, n’ont probablement jamais entendu parler de cette marche antiraciste. Trente ans plus tard, cet événement a malheureusement été oublié par beaucoup. Pourtant, et comme nous l’indique d’ailleurs le film dans le générique de fin, cette manifestation a eu son importance dans la reconnaissance des droits des immigrants en France. 

Nabil Ben Yadir se propose donc de ressusciter la mémoire de ces courageux marcheurs qui ont, envers et contre tous, décidé de s’opposer au racisme de l’époque, tout en prônant une politique de non-violence. 

Car, à l’instar de Martin Luther King et de Gandhi, leur marche de plusieurs semaines va être pacifique. Malgré les nombreuses provocations, ils ne vont jamais répondre par la violence. Évidemment, ça ne fera pas plaisir aux plus extrémistes qui désireront montrer leur mécontentement avec leur main plutôt qu’avec leur bouche. 

D’ailleurs, on aime que le réalisateur nous offre un portrait plutôt honnête et humain des marcheurs. Bien sûr, il essaie le plus souvent possible de nous les montrer sous leur plus beau visage, mais il ne les idolâtre pas non plus. À plusieurs reprises, ils auront des doutes, ne seront pas tous d’accord et vont se remettre en question.

Chaque membre du groupe (qui compte un peu moins d’une dizaine de personnes ayant des personnalités bien différentes) est traité assez sommairement. Il aurait peut-être été intéressant de mieux comprendre leurs motivations ou leur parcours respectif, afin de s'attacher davantage à eux. Mais bon, en faisant cela, le cinéaste aurait peut-être oublié, dans le processus, certains personnages. C'est ce qui arrive quand on a beaucoup de protagonistes à l'écran. 

La plupart des membres du groupe (surtout les femmes) vont connaître leur lot de souffrances durant cette épreuve qui auront ou non des liens directs avec leur démarche. L’une va passer à deux doigts de se faire violer, tandis qu’une autre se fera « graver » la croix gammée dans le dos. Même si certaines de ces images sont difficiles à regarder, Nabil Ben Yadir n’insiste jamais. Il veut nous montrer que ces personnes ont eu beaucoup de courage (elles ne vont jamais s'apitoyer sur leur sort), mais en même temps, il ne veut pas en faire des martyrs. 

La distribution, quant à elle, s’appuie sur de bons comédiens, dont Olivier Gourmet dans le rôle du curé Dubois, Jamel Debbouze dans celui de Hassan (il reprend un peu son rôle de bouffon de service comme on a l’habitude de le voir) et l’actrice originaire de Montréal Charlotte Le Bon. Une belle chimie s’installe rapidement entre eux. 

Verdict 

Même si beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis les événements décrits dans La Marche, la question du racisme est toujours autant d’actualité et pas seulement en France. En revanche, comme le prouve Nabil Ben Yadir, souvent, la violence n'est pas nécessaire pour faire avancer les choses. Bref, La Marche est un film traitant de belles valeurs, mais qui a malheureusement parfois de la difficulté à nous convaincre, le problème venant surtout du traitement accordé aux protagonistes. 

 

Cote : 3 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
AZ Films

Commentaires