BORNES ÉLECTRIQUES

Il y a quelques mois, une manchette est passée un peu inaperçue, bien qu'elle ait une grande importance dans notre histoire. Pas par son impact direct sur l’histoire du Québec, mais par la légende que cette histoire nous a donnée. L’automne dernier, des quotidiens du Québec annonçaient que la cage de fer de La Corriveau avait été retrouvée dans un musée de Salem au Massachusetts et qu’elle avait été rapatriée au Québec pour deux ans à des fins d'analyse. Les experts ont toutes les raisons de croire qu’il s’agit bien de la véritable cage ayant contenu le cadavre de La Corriveau au début du Régime anglais en 1763. Replongeons donc au cœur de ce fait historique qui donna naissance à la légende.

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La Corriveau

Née le 14 mai 1733 à Saint-Vallier de Bellechasse, en face de Québec, Marie-Josephte Corriveau se marie très jeune, soit à l’âge de 16 ans, avec un dénommé Bouchard, avec qui elle aura trois enfants. Il meurt « subitement » en avril 1760 de causes inconnues. Certains pensent déjà qu’elle l’aurait tué dans son sommeil. Elle se remarie un peu plus d’un an plus tard avec Louis-Étienne Dodier avec qui elle et son père Joseph ne s'entendent pas. Marie-Josephte dira, lors de son procès, qu’il était violent avec elle. Au matin du 27 janvier 1763, Dodier est retrouvé mort dans l’étable, la tête écrasée. Marie-Josephte aurait tué, encore une fois dans son sommeil, son mari à coups de hache sur la tête et aurait traîné le corps dans l’étable pour faire croire à un accident (écrasé par un cheval). Une enquête et deux procès, dont les procès-verbaux furent retrouvés à Londres seulement en 1947, la mèneront (à la suite d'aveux de sa part) à sa condamnation à mort par pendaison et à voir sa dépouille exposée dans une cage de fer à l’intersection d’un chemin très passant à Lévis.

La cage de La Corriveau telle qu'on la voyait dans le Visitor's Guide to Salem.

Enfermée dans une cage de fer

Désireux de faire de cette affaire un exemple pour la population récemment conquise, le gouvernement militaire britannique de Québec décida en effet de faire exposer le cadavre de celle qu’on appellera désormais « La Corriveau » dans une cage de fer suspendue à un gibet dans un endroit très passant. La cage était en fait un exosquelette qui enveloppait et maintenait La Corriveau debout et bien visible. On voulait ainsi frapper l’imaginaire de la population afin de faire régner l’ordre par la crainte. La peur s’installa en effet! Les témoins de l’époque rapportent que le spectacle était effrayant (le cadavre est resté dans la cage 40 jours!), en plus de l’odeur et du grincement de la cage avec le vent… Les racontars y mirent aussi leur grain de sel en affirmant que La Corriveau attaquait les soûlards qui passaient par là en s’accrochant à eux, même bien des années après avoir été enlevée de là et enterrée.

Le voyage de la cage de fer

En 1849, deux fossoyeurs qui creusaient une fosse derrière l’église Saint-Joseph-de-Bellechasse, trouvèrent, enterrée à cet endroit, une cage de fer contenant des ossements. Immédiatement, les gens du village surent de qui il s’agissait! La cage fut vendue au cirque Barnum de New York, qui l’exposa au grand public. Pendant des années, on perdit la trace de l’objet légendaire et ce n’est que tout récemment que l’on fit le lien entre la cage du Peabody Essex Museum de Salem et la cage de La Corriveau. Le musée identifiait la pièce comme étant le « Gibet canadien », un des deux seuls objets de ce type répertorié en Amérique du nord, l’autre étant le « Gibet de Philadelphie ». Toujours est-il que cette pièce doit-être rapatriée définitivement au Québec, chose qui est d’ailleurs envisagée, en vertu de toute l’importance historique dont elle est porteuse.

Cette section vous est présentée par Ludis Média

Liens :

www.lapresse.ca

www.legrenierdebibiane.com

www.capitale.gouv.qc.ca

 

Source(s) image(s):
Gravure de La Corriveau
Oeuvre de Françoise Pascal
Cage de La Corriveau

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