BORNES ÉLECTRIQUES

Faire du mal à son propre enfant est un crime impardonnable. Bien souvent, les hommes qui ont battu leur enfant perdent la garde et n’ont même pas le droit de le voir. Mais est-ce que ces hommes ont droit un jour au pardon de leur entourage et de leur enfant? C’est ce que propose d’aborder Sylvain Archambault (« French Kiss », « Piché : Entre ciel et terre », « Pour toujours les Canadiens ») comme thème dans son dernier long métrage « La garde ».

Faire la paix

Comme le laisse entrevoir l’affiche, La garde tourne autour de deux personnages, un père Luc Bisaillon (Paul Doucet) et son fils adolescent Samuel (Antoine L’Écuyer). Leur relation n’a toutefois rien d’ordinaire.

Depuis que son fils est haut comme trois pommes, Luc n’a plus le droit de le voir. En effet, l’homme a commis un acte violent à l’égard de son enfant. Malgré l’interdiction du tribunal, Luc « voit » régulièrement Samuel. Il se contente surtout de le suivre à distance en voiture alors que son fils marche sur le trottoir. 

Même si chaque fois qu’il fait ça, il se retrouve pendant un bref temps sous les barreaux (Samuel avise sa mère et la police chaque fois qu’il est suivi), Luc est déterminé à renouer des liens avec sa progéniture. Mais pour cela, il devra attendre que l’adolescent atteigne la majorité et qu’il accepte de reparler à son père. 

Ne pouvant attendre visiblement jusque-là, Luc décide d’amener son fils contre son gré en forêt pour chasser le gibier. Malheureusement pour Luc, l’adolescent est méfiant (il a été enlevé, après tout) et refuse de faire la paix avec lui. Leur relation est tendue, si bien qu’ils n’échangent que quelques mots. Qu’à cela ne tienne, Luc entend bien montrer à son fils qu’il est un bon père et qu’il regrette amèrement ce qu’il a fait (ce sera aussi un moyen pour lui de faire pardonner le geste qu'il a commis). 

Puis, la fin de semaine de rêve prévue prend des allures de drame lorsque Luc est sévèrement blessé. Son sort reposera entre les mains du fils qu’il connaît à peine. Il devra se frayer un chemin dans la forêt pour trouver de l’aide. La tâche s’annonce ardue pour les deux. Mais, aussi étrange que cela puisse paraître, cette épreuve les rapprochera peut-être.

Des comédiens plus vrais que nature

Un long métrage de ce type, s’il veut remporter du succès, doit reposer sur des acteurs talentueux. Après tout, la majorité de l’action se concentre sur un duo de comédiens. Ici, le tandem Doucet-L’Écuyer nous convient largement. La gamme d’émotions par laquelle ils passent est tout simplement impressionnante, d'autant plus qu'ils n'ont pas l'air de surjouer.  

On remarquera surtout la colère et la souffrance. Car, autant le dire tout de suite, ils vont vraiment souffrir, tant du point de vue physique que psychologique. Ce sera un rude combat contre la nature, mais également contre eux-mêmes. Ils devront se dépasser s’ils veulent survivre et accepter de se faire confiance. 

Si la distribution est irréprochable, on ne peut malheureusement pas en dire autant du scénario. Le problème ne se situe pas du côté de l’audacieuse thématique (relation père-fils après un acte violent) ni même de l’histoire en général (elle est bien amenée), mais plutôt des dialogues... ou plutôt de leur relative absence.

Sans dire que le film est muet, il aurait peut-être été intéressant de creuser un peu. Il y a beaucoup de non-dits dans le long métrage, mais quelques dialogues supplémentaires auraient pu, à mon humble avis, mettre un peu plus de chair autour de l’os. On a parfois l’impression que les choses se passent trop vite. 

Verdict

Dans La garde, Sylvain Archambault met en place des personnages forts et sincères (merci à l’excellent duo Doucet-L’Écuyer) qui devront, dans l’adversité, réapprendre à se faire confiance. Bref, on ne peut faire autrement que de souligner l’audace de Sylvain Archambault, qui a décidé d’aborder un sujet aussi tabou que la violence d’un père contre son fils.

 

Cote : 3 étoiles sur 5

 

La garde prend l'affiche le 4 avril 2014. 

 

Source(s) image(s):
Les films Seville

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