Griffe Blanche tomes 1 et 2

Serge Le Tendre est surtout connu pour sa populaire série de merveilleux héroïque (heroic fantasyLa Quête de l’oiseau du temps chez Dargaud. Le scénariste français nous propose, cette fois-ci avec le dessinateur Olivier Taduc, de découvrir l’Asie imaginaire d’une autre époque dans sa nouvelle série Griffe Blanche. Les deux premiers tomes sont disponibles en librairie.

Un monde en guerre

Griffe Blanche se déroule en l’an 788 de l’ère du scorpion, dans le monde de Suhiman. Suo-le-Rouge, un tyran, souhaite conquérir les autres régions de ce monde autrefois en paix. Heureusement, la résistance s’organise!

C’est dans ce monde en pleine guerre que l’on suit Taho-le-Vif. Le jeune braconnier, orphelin depuis qu’il est enfant, est reconnu pour être un tueur de dragons hors pair. Ces capacités vont d’ailleurs rapidement lui servir lorsqu’il tombera sur le dragon roi. Après un affrontement féroce, qui va coûter la vie à l’animal totem de son peuple (chaque peuple possède un animal totem), celui-ci va lui imposer une mission importante : remettre son oeuf aux frères dragons des montagnes. S’il ne le fait pas, son peuple risque de s’éteindre! Comment refuser une telle mission?

Durant sa quête, il va tomber, bien malgré lui, sur Griffe Blanche, la « dame de compagnie » de Dame Shatira, l’une des leaders de la résistance contre Suo-le-Rouge. En fait, il s’agit plus de sa garde du corps, vu les solides compétences qu’elle a au corps à corps…

Dans le tome 2, on retrouve toute cette joyeuse bande. Taho-le-Vif, qui s’est vu donner le pouvoir de cracher du feu depuis son combat contre le dragon roi, fait partie d’un petit groupe qui a comme mission de libérer le chef du peuple du singe.

Cette mission spéciale sera l’occasion pour le braconnier de découvrir la véritable identité de l’assassin de ses parents. Il le cherche depuis des années. L’affrontement est inévitable…

Entre action et humour

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Griffe Blanche possède un univers à la fois riche et convaincant. La mythologie, inspirée de l’Asie et des autres cultures, est des plus fascinantes. Les auteurs l’exploitent très bien, sans pour autant bombarder le lecteur de termes compliqués à retenir. Elle agit un peu comme un fil invisible qui relie toutes les parties de l’histoire.

Graphiquement, Taduc s’est beaucoup inspiré de la Chine et du Japon des siècles derniers, tout en y ajoutant sa touche personnelle. Les environnements sont, par ailleurs, très variés (montagne enneigée, forêt luxuriante, ville animée, etc.) et, chaque fois, très réussis sur le plan visuel, même s’ils bénéficient presque toujours d’un effet de flou.

Les personnages ont souvent, sur le plan physique, un petit quelque chose de caricatural qui rappelle certains mangas. On sait, avant même qu’un personnage n’ouvre la bouche, s’il est sérieux ou comique. J’aime bien le procédé, que l’on ne voit pas souvent dans la bande dessinée européenne.

Malgré cela, les personnages ne sont pas stéréotypés pour autant. Il y a évidemment le méchant de service et l’héroïne. Mais pour le reste, c’est souvent flou. Taho-le-Vif est, par exemple, loin du bon gars typique.

La psychologie des protagonistes est donc très bien développée et pas du tout simpliste. On commence surtout à le voir au tome 2 (plus abouti que le premier), lorsque certains personnages vont révéler leur vraie nature.

Cependant, il est peut-être bon de noter que malgré le titre de la série, ce n’est pas Griffe Blanche qui a forcément le plus grand rôle; en tout cas, pas dans les deux premiers tomes. Peut-être que ça va changer pour la suite, mais il est trop tôt pour le dire…

Verdict

Ces deux premiers tomes de Griffe Blanche offrent un bon mélange entre intrigue prenante, humour et scènes d’action. Le dessin flou mais expressif de Taduc restitue à merveille cet univers original. Le troisième tome devrait être encore meilleur!

Griffe Blanche - L’oeuf du dragon roi
Serge Le Tendre (scénario) et Olivier Taduc (dessin)
48 pages
Dargaud

Cote : 3,5 étoiles sur 5

 

Griffe Blanche - La révolte du peuple du singe
Serge Le Tendre (scénario) et Olivier Taduc (dessin)
48 pages
Dargaud

Cote : 3,75 étoiles sur 5

 

Love tomes 1 et 2

Que diriez-vous de faire changement et de lire une série de bandes dessinées totalement « muette », c’est-à-dire sans aucune bulle? C’est ce que vous propose l’excellente série Love de Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci. J’ai « lu » les deux premiers tomes.

Love est une série qui met en vedette les animaux. Dans le premier tome, il s’agit d’un tigre, alors que dans le second, c’est un renard qui est à l’honneur. Mais attention! Contrairement à Les Seigneurs de Bagdad, qui contient de toute façon des phylactères, le scénario de ces deux épisodes n’est pas romancé ou presque. Love prend plutôt l’aspect d’un documentaire animalier. Le lecteur est ici observateur.

Ainsi, dans le premier tome, on suit les aventures d’un tigre dans la jungle. Tout au long de l’album, le félin va tenter de chasser une proie, sauf que chaque fois, elle va lui échapper. Sa chasse ne sera d’ailleurs pas une partie de plaisir. Il devra affronter une horde de singes lanceurs de noix de coco, deux panthères et même un éléphant à la recherche de sa dulcinée.

Le second tome est tout aussi intense, sinon plus. On suit un renard qui essaie, tant bien que mal, de survivre à l’éruption du volcan de l’île où il a élu domicile. Inutile de dire que c’est la panique. Les animaux, comme les humains en de telles circonstances, ne savent plus trop quoi faire et s’élancent dans toutes les directions pour tenter d’échapper à la lave bouillante. Mais comme on le dit si bien, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Alors que des animaux tentent d’échapper à la catastrophe en se jetant à l’eau, des prédateurs assoiffés de sang les attendent patiemment sous l’eau…

La nature de Love est ainsi brutale, comme l’est d’ailleurs la « vraie » nature. Les animaux doivent toujours être sur leurs gardes, sinon c’est la mort qui les attend. Et même l’animal le plus minutieux risque de trépasser…

Étant donné qu’il n’y a aucun texte, c’est le dessin qui raconte entièrement l’histoire. Le lecteur doit éviter la manie de tourner les pages trop rapidement (même si ce n’est pas toujours facile quand on est en plein milieu d’un combat féroce). Chaque case cache plus d’un secret!

Après quelques planches, on se transporte totalement dans Love. On en vient presque à entendre le bruit des feuilles qui flottent dans le vent et le chant des oiseaux. Cela n’aurait pas été rendu possible sans le dessin plus vrai que nature des auteurs et leur sens aiguisé du découpage. Il vrai que les auteurs se permettent parfois de donner des expressions « humaines » à leurs animaux, comme la surprise, mais jamais ils ne vont trop loin.

Jamais, durant notre lecture, on en vient non plus à s’ennuyer du texte. Le dessin parle de lui-même. Les mots seraient tout simplement superflus. Quand on dit qu’une image vaut mille mots, c’est spécialement vrai ici.

Verdict

La série Love nous montre admirablement la beauté, mais également la brutalité de la nature, et ce, sans employer le moindre mot. Brillant!


Love 01 : Le tigre
Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci
79 pages
Ankama

Cote : 4,25 étoiles sur 5

Love 02 : Le renard
Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci
79 pages
Ankama

Cote : 4,5 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
ADG

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