BORNES ÉLECTRIQUES

Que recherchent ceux commettant un homicide gratuitement? Du prestige? Des sensations fortes? Une façon d'exprimer leur intolérance? Chaque situation est évidemment unique, mais les meurtres commis en toute impunité ont tout de même un point commun: ils épouvantent la majorité de la population. Prenez simplement le cas de Joe Rose, un jeune gai montréalais dont l'assassinat a soulevé l'indignation de la communauté homosexuelle québécoise, si ce n'est de la population générale.

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Le 19 mars 1989, Joe Rose, étudiant en soins infirmiers et fondateur de groupes scolaires visant à aider les homosexuels, se rend au métro Atwater afin de prendre l'autobus 358 avec un ami. Le jeune homme de 23 ans ne cache pas son homosexualité, son trait distinctif étant ses cheveux roses. Il a également un physique frêle, conséquence probable d'une condition médicale précaire. En effet, Rose souffre non seulement du sida, mais il a aussi des pneumonies à répétition.

Rose embarque donc dans la 358 avec son ami Sylvain Dutil. Tout va bien lorsque, approchant du métro Frontenac, quatre jeunes commencent à insulter les deux amis, les traitant notamment de « tapettes ». Puis, les coups s'enchaînent. Si Dutil s'en sort avec des blessures mineures, Rose ne mettra pas les pieds en dehors de l'autobus. En effet, les jeunes le rouent de coups de pieds, le frappent à tête et finissent par le poignarder à mort. Couvert de sang, son ami tente de le ranimer, en vain.

Les policiers ne tardent pas à arriver sur les lieux afin de recueillir preuves et témoignages. La famille et les proches de Rose sont sous le choc, particulièrement son frère. Ses parents entament rapidement une poursuite civile contre la Ville et la STCUM. En outre, ils reprochent au chauffeur de ne pas avoir activé ses signaux d'alarme. Ils gagneront finalement 25 000$, le juge Rodolphe Bilodeau concluant qu'il « était clair qu'une attaque se préparait lorsque les agresseurs ont empêché les victimes de quitter l'autobus ».

Quant aux tueurs, on les retrace et procède à leurs arrestations. Un adolescent de 15 ans fut condamné à trois ans en garde fermée, un autre fut condamné à 11 mois et le dernier obtint six mois. Le dernier accusé, Patrick Moise, fut reconnu coupable d'homicide involontaire devant un tribunal pour adultes puisqu'il était âgé de 19 ans. Il reçut une peine de sept ans d'emprisonnement.

Le meurtre gratuit de Joe Rose a soulevé la colère de la communauté gaie, qui devait déjà vivre dans une ère difficile où elle était pointée du doigt pour la propagation du sida. De plus, elle était la source d'actions homophobes de toutes sortes. Le journaliste David Shannon, qui écrivait des éditoriaux pour le journal Montreal Mirror et qui animait une émission à la radio du campus de l'Université McGill, s'est acharné afin de publiciser l'histoire et faire avancer la cause des gais.

Grâce à Shannon, la population fut mise au courant des circonstances entourant le meurtre de Rose et la communauté gaie se souleva afin de dénoncer l'intolérance dont elle était victime. Des activistes tels que Roger LeClerc, Michael Hendricks, Claudine Metcalfe et Douglas Buckley (qui deviendra le premier homosexuel à obtenir le droit de se marier) galvanisèrent les troupes. Des manifestations furent organisées, dont la plus célèbre eut lieu à l'occasion de la Conférence Internationale sur le Sida tenue à Montréal en 1989. On dénonça, parfois en affrontant les forces policières, l'homophobie et les traitements subis par les homosexuels.

Ce soulèvement mena à la création de plusieurs comités et groupes défendant les droits des gais et lesbiennes. Après une audition avec Jean Doré, maire de Montréal de l'époque, le gouvernement du Québec finit par mettre en place des consultations publiques afin d'avoir le pouls sur la situation des homosexuels. C'est également à partir de ce moment que l'image de Montréal se modifia afin de démontrer en quoi il s'agissait d'un endroit où les homosexuels pouvaient vivre en toute liberté.

En bout de ligne, le meurtre de Joe Rose fut le point de départ d'une plus grande tolérance envers la communauté homosexuelle. L'événement aura permis à la société de pleinement se conscientiser au sujet de l'homophobie et de voir jusqu'où elle peut mener.

Or, la vraie tragédie est qu'il aura fallu qu'un meurtre soit commis et qu'un jeune homme paie de sa vie pour que la population réalise que l'homophobie est un fléau qui ne devrait pas exister. Ne serait-ce que pour contribuer à éradiquer ces traitements injustifiés et injustifiables dont les homosexuels étaient victimes, Joe Rose mérite qu'on se souvienne de qui il était. 

 

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Source(s) image(s):
Montreal Gazette

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