À toutes les époques, des gens ont tenté de vivre à l’extérieur de la société, et ce, pour diverses raisons. Avec L’Essai, Nicolas Debon nous raconte l’histoire de Fortuné Henry un anarchiste qui a eu l’idée de créer une colonie libertaire dans la forêt des Ardennes au début du 20e siècle. Même si la colonie l’Essai a eu une courte durée de vie (elle n’est restée en place que quelques années) et qu’il n’y a plus aucune trace d’elle ou presque aujourd’hui, elle est entrée en quelque sorte dans l’histoire. 

Il faut bien avouer que Fortuné avait de la détermination. Partir seul en plein milieu d’un champ avec seulement quelques outils et rien d’autres, il fallait le faire. Je connais peu d’homme qui aurait été capable de faire de même. L’auteur commence donc son récit par narrer les balbutiements de cette nouvelle colonie. Nous sommes en juin 1903 et Fortuné vient prendre possession de son terrain qu’il a acheté dans la forêt des Ardennes. Pendant les prochains mois, il va transformer ce bout de terrain « inutile » en quelque chose de vraiment génial. 

Si dans les premières semaines, il va dormir à la belle étoile, dans les dernières années de la colonie, il va coucher dans des bâtiments plus qu’acceptables que ses amis et lui auront bâtis. En effet, rapidement, il va être rejoint par toutes sortes de gens voulant vivre différemment. 

Les habitant du village avoisinant le considèrent, au début de son aventure, comme un hurluberlu. Ils le craignent même. En revanche, à mesure que son entreprise connait le succès, ils lui rendent visite régulièrement, comme si on visitait un musée ou un camp de vacances. 

Il faut dire que la colonie va vraiment connaitre un grand succès. Elle va accueillir, pour de courtes ou de longues périodes, n’importe qui ou presque. Même des personnalités publiques vont la visiter! 

Mais Fortuné n’a pas bâti l’Essai pour avoir du plaisir. C’est un anarchiste avant tout! Et disons qu’il est même très radical. C’est même un peu ce qui va causer le déclin de son expérience…

L’album de Nicolas Debon prend un peu des airs de journaux intimes. Le lecteur se retrouve beaucoup dans les pensées du personnage principal. Ce n’est pas les péripéties qui manquent, mais nous les observons un peu avec un air détaché. Le premiers hiver particulièrement rigoureux ou encore les engueulades entre les protagonistes nous indiffèrent presque. Tout ce qui compte c’est le message que souhaite nous communiquer Fortuné.

Malgré ce détachement, la narration est d’une fluidité incroyable. Dès les premières pages, on rejoint Fortuné dans son Essai. Même si ce qu’il prône est à l’opposé des bases de notre civilisation, nous souhaitons ardemment qu’il réussisse. 

On a un pincement au coeur lorsqu’on assiste au démantèlement de la colonie lors des dernières planches. La finale m’a d’ailleurs semblé un peu trop précipitée. J’aurais aimé mieux connaitre les causes de cette chute. Heureusement, un dossier de quelques pages contenant plusieurs images d’époque corrige en partie ce petit défaut. 

Le dessin qui rappelle parfois l’impressionnisme est pour sa part d’une grande qualité. Les personnages prennent un rôle secondaire, alors que toute la place semble avoir été mise sur les décors extérieurs qui sont d'une magnificence extraordinaire.

Verdict

La fin est peut-être garrochée ; le récit fait peut-être un peu trop dans l’introspection ; le dessin est peut-être un peu moins « accessible »… C’est peut-être vrai! Cependant, malgré tous ces petits « bémols » (si on peut vraiment les qualifier ainsi), L’Essai est un splendide exemple d’acharnement, d’intrépidité et surtout de travail collectif. Imaginez aujourd’hui ce que nous pourrions faire si nous avions ne serait-ce que la moitié de la conscience sociale de ces hommes et femmes… Bref, voilà un merveilleux album à lire que vous ayez ou non l'âme d'un anarchiste.

 

L’Essai 

Nicolas Debon 

89 pages

Dargaud 

 

Cote : 4,25 étoiles sur 5

 

Source(s) image(s):
Dargaud

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