Peut-être connaissez-vous l’histoire du juge François Renaud. Le magistrat français a été abattu le 3 juillet 1975 devant sa résidence par des hommes cagoulés. Depuis, on n’a jamais trouvé le ou les coupables, ce qui est quand même étonnant, compte tenu de la nature de cet assassinat. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’un juge est tué en fonction... Olivier Berlion, un auteur et dessinateur de bandes dessinées connu notamment pour être le créateur des sept tomes de la série policière Tony Corso, a décidé de mettre en images cette histoire vraie dans Le juge - La république assassinée. Chicago-sur-Rhône est le premier tome de cette nouvelle trilogie. 

Ce premier épisode prend surtout des allures de « mise en situation ». L’action se déroule 7 ans avant le meurtre de François Renaud à Lyon, là où il était juge d’instruction. Le lecteur prend contact avec l'homme et sa drôle de personnalité. Avec son veston coloré et son franc parlé, le magistrat était tout le contraire du juge typique. Il n’avait pas la langue dans sa poche et n’hésitait pas à se montrer ferme avec les criminels et à les brasser. 

Malheureusement, ça n’a pas plu à tout le monde et comme l’explique son fils, Francis, dans une touchante préface de 2 pages, il a pu se faire de nombreux ennemis au fil du temps. On ne met pas derrière les barreaux des dizaines de malfrats sans froisser un ou deux chefs de la mafia. 

Mais bon. Pour le moment, dans Chicago-sur-Rhône on ne sait pas encore qui veut vraiment au juge Renaud du mal. Une chose est sûre, cependant, il y a beaucoup de monde qui tourne autour de lui! 

En revanche, contrairement à plein d’autres oeuvres du genre, Berlion a eu la bonne idée de nous présenter les protagonistes de la façon la plus simple et la plus efficace qui soit. À la manière de certains films historiques, chaque fois que l’on croise un nouveau personnage, son nom et son surnom sont, en effet, montrés dans un encadré. On peut donc savoir immédiatement à qui on a affaire.

Malgré cela, ce premier opus demeure très complexe. En même temps, l’auteur n’avait pas trop le choix s’il voulait rendre hommage à ce grand juriste. Il reste néanmoins que si vous cherchiez un album léger, il faudra passer votre tour. Je ne dis pas que le récit est confus, mais vous aurez à retenir beaucoup d'informations, de noms de personnages et de dates.

D’ailleurs, je ne l’ai pas encore mentionné, mais l’oeuvre mélange fiction et réalité et comme le dit si bien l’auteur, il ne souhaite pas révéler la vérité sur ce drame. Étant donné que je n'ai pas lu la biographie de ce juge, vous aurez compris je ne peux pas vous dire jusqu’à quel point cette bande dessinée est fidèle. 

En tout cas, du point de vue graphique, je crois que Berlion a bien restitué l’atmosphère qui pouvait régner à Lyon à la fin des années 60 et dans les années 70. Les scènes de foule et dans les lieux publics sont nombreuses et très crédibles. Les vestes multicolores du juge Renaud valent aussi le détour.

En fait, il n’y a que certains visages qui m’ont déplu. La plupart des visages en gros plan sont très expressifs et assez détaillés. Malheureusement, ce n’est pas le cas des autres. Plusieurs visages montrés en plan moyen m’ont semblé trop flous et impersonnels. 

Verdict 

L’histoire que souhaite nous raconter Olivier Berlion dans Le juge est d’une grande complexité et le bédéiste français ne s’en cache pas dans ce premier tome. Il y a beaucoup de personnages et l’intrigue est loin d’être simple. En revanche, si vous vous intéressez à la justice et aux histoires de conspiration, je pense que vous passerez un agréable moment avec cette bande dessinée. 

 

Le juge - La république assassinée  - Tome 1 Chicago-sur-Rhône

Olivier Berlion

64 pages 

Dargaud 

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5.

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Prologue

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