BORNES ÉLECTRIQUES

Pour faire suite à mes articles exposant la réalité sur ce fléau qu’est l’abus d’anabolisants dans notre société actuelle, on m’a suggéré d’écrire un article plus approfondi sur les effets de leur utilisation. Même si je trempe dans le domaine de la culture physique depuis des années, comme je n’ai personnellement jamais fait usage de drogues j’ai demandé conseils auprès d’entraîneurs qui travaillent plus spécifiquement dans ce milieu. Parmi ceux-ci, je me permets de citer Robin Rock qui s’est embarqué, avec l’aide d’un médecin spécialiste du système endocrinien, dans ce qu’on pourrait appeler la récupération de personnes ayant abusé des mauvaises choses. Ce dernier a déjà aidé plusieurs personnes à rétablir leur cascade hormonale et a accepté de collaborer ouvertement à l’écriture de cet article...

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Qu’est-ce qui peut bien motiver une personne à envisager de prendre des anabolisants?

Premièrement, il est de plus en plus facile de se procurer des anabolisants et leur usage est devenu si commun que leurs effets néfastes sur la santé s’en trouvent banalisés. Ainsi, leur utilisation devenue si répandue donne l’illusion aux jeunes que finalement ce n’est pas si dangereux que ça pour la santé. Un peu comme pour le tabac, tous sont à peu près au courant des effets secondaires mais très peu s’en soucient réellement. La popularité de leurs effets bénéfiques et surtout rapides l’emporte haut la main sur l’insouciance de l’impatience juvénile! Le fait que ceux qui paient le prix de leurs erreurs en parlent très peu procure un faux sentiment de « sécurité » aux utilisateurs. En effet, c’est déjà gênant d’avouer qu’on consomme, ça l’est encore plus d’avouer qu’on en a abusé.

Le problème aussi c’est qu’au lieu de demander conseil auprès d’un culturiste expérimenté, qui déjà plus conservateur s’est souvent assagit avec les années, les jeunes prêtent plutôt l’oreille aux conversations que les jeunes utilisateurs ont entre eux… de pauvres insoucieux qui ne paieront évidemment le prix que beaucoup plus tard, s’ils sont chanceux.

Les réseaux sociaux, un élément de l’équation que nous n’avions pas dans le passé, encourage aussi de plus belle l’utilisation d’anabolisants. Maintenant que les jeunes ont l’opportunité de s’afficher et de faire étalage de leurs exploits, ils ne manquent pas de de rechercher l’adoration du public et de poster des photos présentant le physique que leur a procuré leur investissement monétaire. Ainsi se multiplient les regroupements de gens qui se motivent mensongèrement entre eux avec des slogans supposant la persévérance et l’implication. Ces communautés elles-mêmes créent une pression sociale et des standards qui ne peuvent évidemment être atteints que par les mêmes moyens. Parallèlement, plus que jamais les jeunes d’aujourd’hui semblent tentés par la facilité et rebutent la dure réalité : que c’est en travaillant qu’on arrive à quelque chose.

Il est facile de concevoir que le jeune qui a hâte d’être un homme, d’être pris au sérieux et qui surtout convoite l’acceptation des autres gars autour de lui soit tenté par cette image sécurisante que projette un corps musclé… et il fera évidemment tout pour l’avoir le plus tôt possible! L’adolescent est particulièrement vulnérable aux décisions concernant sa santé car il n’a pas encore la capacité de se projeter dans le futur et de réaliser toutes les conséquences de ses actes. En effet, les recherches récentes semblent montrer qu’à cet âge, la partie du cerveau permettant cette capacité n’est pas encore complètement à terme… cela expliquerait d’une certaine façon pourquoi l’information ne suffit pas à aider le jeune adulte à faire des choix judicieux lorsque des effets secondaires à long terme sont considérés et pourquoi, après plus de 60 ans de mise en garde, il y a encore des jeunes qui commencent à fumer.

Y-a-t-il un type de personne particulièrement vulnérable à faire ce choix?

Apparemment, les hommes et les femmes sont aussi vulnérables l’un que l’autre face à la tentation de  contourner leurs limitations génétiques. Les hommes de type ectomorphes (hardgainers) seront peut-être plus tentés par les substances encourageant la prise de masse musculaire tandis que les femmes éprouvant de la difficulté à perdre du gras se tourneront vers des substances stimulant le métabolisme. Incontestablement, les jeunes de 18 à 25 ans sont plus particulièrement touchés mais curieusement le niveau d’instruction ne serait pas un facteur si déterminant.

Les gens sont-ils réellement conscients des risques pour la santé?

Évidemment, on s’entendra pour dire que ce n’est pas le vendeur qui dira quoi que ce soit qui risque de faire baisser ses profits. Ce qui est plus difficile à comprendre, c’est le manque total de sens moral dont fait preuve l’entraîneur qui incite les jeunes à mettre leur santé en péril sans se soucier ni même les informer des conséquences de cette décision, qui inévitablement en aura! C’est malheureusement la réalité et dans le monde de la compétition, c’est encore pire car l’entraîneur pense souvent plus à la publicité que lui rapporterait la victoire de son athlète que l’état dans lequel se retrouvera sa santé dans quelques années. De plus, envisageant que les autres entraîneurs y mettront le paquet, il n’hésitera pas à tout faire pour convaincre son client qu’il est impossible de faire une compétition sans avoir recours à une quantité substantielle de drogues. Le discours tourne donc plus autour de « tout le monde le fait de toutes façons » que des effets secondaires que « tout le monde expérimente un jour ou l’autre ».

Qu’en est-il des types de drogues, des dosages et des coûts?

Les culturistes de plus de 50 ans, ceux qui ont vécu le Golden Age de la culture physique, vous diront eux-mêmes que dans le temps on n’utilisait qu’une ou deux formes de stéroïdes et seulement dans les derniers mois de préparation pour un concours afin de récupérer des rigueurs de l’entraînement. Aujourd’hui, avec la venue des diurétiques, de l’hormone de croissance, de la thyroïde synthétique, de l’insuline et de toutes les sortes imaginables de testostérone injectable, on ne parle plus de drogues individuelles mais bien de véritables cocktails empoisonnés! Même les jeunes qui ne font pas de compétition prennent des quantités qui font peur aux anciens athlètes qui n’en faisaient même pas autant pour gagner leur vie et les cycles sont maintenant beaucoup plus fréquents (pour ne pas dire subséquents). Le tout est devenu si complexe que nous en sommes au point où des personnes s’improvisent spécialistes en la matière et vivent de leur profession de  designers ou de gurus.

Pensez-y deux secondes : si les médecins et les pharmaciens, avec toutes leurs études spécialisées et leur matériel de qualité pharmaceutique, doivent suivre des procédures strictes et surveiller tout risque de réaction ou d’interaction possibles lors de la prescription de médicaments et vont eux-mêmes faire des erreurs de temps à autre… imaginez ce qui risque de se produire lorsque c’est quelqu’un qui s’improvise expert en la matière et qui vous dit de mixer des substances dont il ne peut garantir ni la composition ni la pureté. On pourrait presque parler ici d’une attitude tout simplement suicidaire!

La majorité des consommateurs ne savent même pas ce qui se passe dans leur corps alors pensez-vous qu’ils sont conscients du fonctionnement d’une substance qui affecte leur système endocrinien ou quels effets secondaires hormonaux ou métaboliques elle aura? Pourtant, si le but d’une drogue est d’affecter artificiellement une glande ou la production naturelle d’une hormone il faut nécessairement s’attendre à un débalancement par la suite. Et même si vous voudriez avoir un suivi médical parce que vous avez un semblant de conscience pour votre état de santé, le médecin ne saurait que faire car on n’utilise même pas ce genre de dosage pour les patients pathologiques.

Pour les plus conservateurs, on parle souvent de seulement 2 ou 3 produits. Lorsqu’on parle d’un culturiste qui désire participer à un concours et que celui-ci n’est pas testé, on parlera alors plutôt d’une dizaine de produits! En ce qui concerne les coûts, on peut donc facilement passer de 400 à 4000 dollars par mois, et tout ça pour un concours qui ne rapportera pas un sous! Apparemment, nous serions mêmes réputés au Québec pour être des utilisateurs particulièrement abusifs et compulsifs.

À quels effets peut-on s’attendre?

Tout dépend évidemment de ce qui est utilisé et de l’effet recherché mais principalement on parle d’augmentation de la force, de la récupération, du métabolisme des graisses et même de la confiance en soi. Sur le coup, la personne se sent souvent très bien, surhumaine voire invincible… jusqu’à ce que le temps et l’abus ramènent la personne à la réalité. Ce qu’il faut comprendre, c’est que non seulement les fonctions du corps sont altérées parce que le corps ne voit plus le besoin (ou ne sais plus comment) utiliser les voies naturelles mais que la personne peut aussi réagir à un des constituants du produit et s’intoxiquer progressivement. C’est alors qu’on peut expérimenter plusieurs conséquences telles que les troubles du sommeil, les fluctuations du tempérament et de la libido, les problèmes d’acné, les vergetures, les dysfonctions érectiles, l’augmentation de l’agressivité, la perte de cheveux et le développement de troubles métaboliques (dont l’hypogonadisme, l’hypothyroïdie et la résistance à l’insuline). À plus long terme, c’est le système musculosquelettique (articulations, tendons) qui en prend un coup à force d’avoir été chroniquement exposé à des charges plus grandes que ce qu’il ne pouvait supporter.

Il ne faut pas oublier non plus que le corps s’adapte à toutes les situations et se désensibilise à tout stimulus. Ainsi, plus la personne abuse en dosage et en durée et plus ses récepteurs se retrouvent saturés. Elle est alors tentée de prendre des doses encore plus élevées, ce qui conduira inévitablement à des complications plus importantes, dont le remplacement hormonal artificiel à vie!

Lorsqu’on arrête les anabolisants, la testostérone biodisponible chute alors que la production naturelle n’est pas encore rétablie. C’est à ce moment que l’expérience devient moins intéressante car on perd soudainement cette force inébranlable tant intérieure qu’extérieure. Après avoir surfé pendant un certain temps on se retrouve à valser dans le creux de la vague et c’est là que la démotivation, la dépression et la baisse de libido atteignent leur apogée. Le métabolisme est chamboulé et l’organisme fait son possible pour faire le ménage. Une bonne partie des gains en masse musculaire semble s’évaporer tandis qu’on observe certains gains en masse grasse. On se sent faible, on perd littéralement le goût de s’entraîner et on n’a qu’une envie c’est de tout abandonner.

Cependant le problème ne s’arrête pas là. En effet, ceux qui daigneront se présenter (ou se retrouveront malgré eux) à l’hôpital pour consulter un médecin n’auront souvent ni l’humilité ni le courage d’avouer leurs pratiques et d’admettre leur part de responsabilité. Plusieurs repartent avec des antidépresseurs au lieu d’un protocole pour réactiver leurs glandes ou repartir leur production de testostérone. Une seule solution semble envisageable pour remonter la pente… recommencer un nouveau cycle!

C’est autant aux résultats notables qu’à ce sentiment d’être imbattable que la drogue crée une dépendance. Plusieurs personnes qui ont utilisés des anabolisants m’ont confié qu’ils éprouvaient une grande de difficulté (voire une incapacité) à s’entraîner sans en prendre une fois qu’ils avaient éprouvé ce sentiment d’invincibilité.

Comment peut-on aider quelqu’un à considérer sa santé?

On peut espérer que diriger la personne concernée vers quelqu’un qui est passée par là, qui a appris de ses erreurs et qui est en mesure de lui expliquer de long en large les différentes facettes de son expérience soit fructueux. C’est entre autre le cas de mon ami Robin, qui répète souvent aux gens qu’ « hypothéquer sa santé pour toujours contre une shape d’un jour n’est pas un échange gagnant ». C’est tout de même un pari difficile car on s’adresse probablement plus à l’intelligence émotionnelle de la personne qu’à son intellectuel. Parfois la vie aide à changer la donne, comme un ami soudainement hospitalisé ou une nouvelle partenaire qui ne partage pas cette décision et qui réclame de laisser tomber les drogues. Malheureusement, comme dans bien des situations de la vie, c’est une fois acculé au pied du mur que les gens font une prise de conscience et désirent se repentir et la santé, contrairement aux drogues, ça ne s’achète pas. 

 

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Funny sport nerd with huge, fake, muscle arms drawn on the chalkboard

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