BORNES ÉLECTRIQUES

 

Les Éditions Pow Pow font partie de mes maisons d’édition de bandes dessinées favorites, car elles n’ont pas peur de sortir hors des sentiers battus. Bien sûr, Pow Pow publie des albums plus « traditionnels » avec de jolies cases, mais, parfois, elle nous arrive avec des oeuvres singulières. Je vois des antennes partout de Julie Delporte, un album qui a d’abord été publié en anglais et qui s’est vu décerner le prix des lecteurs CBC dans la catégorie Roman graphique, en est l’un des meilleurs exemples. 

Il faut d’abord savoir que le livre est présenté à la manière d’un journal intime. On peut retrouver, sur une même page, du texte écrit à la main et divers croquis (animaux, plantes, maisons, personnages, etc.) majoritairement en couleur. 

Les couleurs d’ailleurs jouent un rôle extrêmement important dans Je vois des antennes partout. Pas pour rien que l’auteure termine sa BD en nous indiquant exactement la trentaine de couleurs qu’elle a utilisées pour donner vie à cet univers. Elle se sert beaucoup du vert, du jaune et de l’orange, ce qui donne à l’ensemble un look très lumineux, rayonnant et radieux. 

En même temps, ces couleurs éclatantes offrent un contraste surprenant avec le scénario qui, lui, n’est pas du tout « coloré ». On y suit l’histoire d’une future enseignante qui souffre d’électrosensibilité, c’est-à-dire qui a de la difficulté à supporter les ondes électromagnétiques, comme celles des cellulaires. Ça lui donne notamment mal à la tête. Elle décide même de s’exiler temporairement dans le nord du Québec.

L’une de choses qui frappe le plus dans cette oeuvre de Julie Delporte, c’est la facilité déconcertante avec laquelle elle nous faire croire que l’on tient entre les mains son véritable journal intime. Même si elle-même ne souffre pas d’électrosensibilité, elle nous fait plonger littéralement dans la tête d’une personne aux prises avec ce problème. 

Les sentiments sont exposés souvent de façon brute, sans filtre, comme n’importe qui le ferait dans ces circonstances. Rapidement, on vient à éprouver beaucoup de sympathie pour cette femme qui se confie à nous. Des fois, on sent un grand malaise nous envahir, tant on a l’impression qu’on pénètre dans son jardin secret. 

Personnellement, j’avais déjà entendu parler d’électrosensibilité, mais je ne m’étais jamais vraiment arrêté aux symptômes. Sans dire que Je vois des antennes partout est une oeuvre militante, elle nous fait prendre conscience des dangers potentiels de notre société et de la prolifération des ondes. Je suis peut-être hypocondriaque, mais après ma lecture, j’avais l’impression de souffrir, moi aussi, de ce mal. 

Verdict

Bien que s’agissant d’une oeuvre fictive, Je vois des antennes partout est l’un des albums les plus personnels, mais également l’un des plus resplendissants, publié chez Pow Pow. Une oeuvre touchante qui nous renseigne sur un problème de société qui n’est hélas pas prêt de disparaitre.

 

 

Je vois des antennes partout 

Julie Delporte

120 pages

Les Éditions Pow Pow

 

Cote : 4,75 étoiles sur 5.

Source(s) image(s):
Pow Pow

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