BORNES ÉLECTRIQUES

Après Vil et misérable, publié en 2013 aux Éditions Pow Pow, le surprenant Samuel Cantin nous revient avec une oeuvre d’envergure : Whitehorse. Cette bande dessinée est tellement substantielle que l’auteur a décidé de la diviser en deux parties. 

Si vous avez lu Vil et misérable, vous savez sans aucun doute que Samuel Cantin excelle dans l’absurdité, l’humour noir et l’irrévérence. Je m’étais régalé à suivre les aventures de Lucien Vil et j’espérais vraiment vivre les mêmes sensations dans cette première partie de Whitehorse. Par contre, force est d’admettre que je n’ai pas vécu tout à fait la même expérience. 

D’abord, l’histoire ne se déroule pas du tout dans le même milieu. On y retrouve Henri, un genre d’écrivain raté qui travaille à temps partiel dans une librairie et Laura, sa conjointe, une comédienne qui essaie de percer dans le milieu du cinéma. D’ailleurs, elle est sur le point de décrocher le rôle qui permettrait enfin à sa carrière de décoller. Dans quelques minutes, elle doit aller manger avec Sylvain Pastrami, un jeune prodige du cinéma, comme Xavier Dolan. Le seul problème, c’est que Henri pense que sa tendre moitié va tomber amoureuse de ce réalisateur. Il sent que leur couple est sur le bord d’éclater et que cette rencontre pourrait signer leur fin…

Tout comme dans son précédent roman graphique, le bédéiste n’a pas peur d’aller trop loin dans ses dialogues. Les personnages, spécialement celui de Henri, semblent dire tout ce qui leur passe par la tête. Ils n'ont aucun filtre. Le grotesque ne les effraie pas! Bien au contraire! C’est ce qui leur permet de se démarquer des personnages « standardisés » des bandes dessinées conventionnelles. 

Plus d’une fois, nous sommes, en effet, secoués par leurs propos et parfois même mal à l’aise par leurs agissements qui semblent être contre nature. Cependant, les protagonistes semblent aller un peu moins loin que dans Vil et misérable. C’est comme s’ils s’étaient légèrement assagis depuis. 

De l’autre côté, les dialogues m’ont semblé plus travaillés, plus intellectuels, mais également moins loufoques. En tout, il n’y a que quelques scènes dans Whitehorse et elles prennent souvent des allures de huis clos. Il n’y a que cette fameuse scène qui se déroule dans une fête bondée d'artistes chez Sylvain Pastrami qui casse un peu le rythme. Et quelle scène! L’auteur se moque copieusement du côté snob et pompeux du milieu du 7e art québécois. 

Visuellement, Samuel Cantin met d’abord l’accent sur ses personnages, qui sont encore mieux réussis que dans son précédent opus. Ils ont toujours les mêmes traits particuliers, comme les fameux nez d’oiseaux. En même temps, leurs visages m’ont semblé plus détaillés et moins caricaturaux. Les décors, de leur côté, sont quasiment toujours absents, comme si on ne voulait pas distraire le lecteur des phylactère. 

Verdict

En me plongeant dans cette première partie de Whitehorse, plus d’une fois, j’avais l’impression de lire une pièce de théâtre ou un scénario de film illustré. Même si l’album est moins drôle que Vil et misérable, ses dialogues savoureux, percutants et efficaces arrivent, à eux seuls, à « corriger » ce défaut… si on peut vraiment le qualifier ainsi. Bref, voilà un album audacieux qui nous fait voir d’un oeil nouveau le quotidien d’un couple sur le déclin et le cinéma québécois.  

 

Whitehorse - Première partie 

Samuel Cantin

216 pages

Éditions Pow Pow 

 

Cote : 4 étoiles sur 5

 

Source(s) image(s):
Éditions Pow Pow

Commentaires