Le prolifique scénariste Stephen Desberg est de retour dans un tout nouveau one-shot : Bagdad Inc. Cette fois-ci, l’auteur, derrière des séries comme Empire USA et IR$, fait équipe avec Thomas Legrain (Sisco). Le duo nous propose une autre vision de la guerre d’Irak. 

Nous y suivons, en effet, le lieutenant Charlene Van Evera. La jeune femme est envoyée en Irak non pas pour combattre l’ennemi avec un fusil, mais plutôt pour enquêter sur un mystérieux meurtre. L’officier est en réalité une juge-avocate, une espèce d’inspectrice de police militaire. 

Son enquête prend une tournure inattendue quand elle découvre une victime, puis une autre. Elle a visiblement affaire à un tueur en série. Il faut dire que chaque cadavre a été tué dans des circonstances semblables. Chacun des corps s’est vu enlever une partie précise comme la jambe gauche ou le bras droit, alors que des mots haineux à l’intention des Arabes sont « gravés » sur la chair. 

Pourquoi dépêcher un officier comme Charlene Van Evera pour enquêter sur des meurtres? Après tout, c’est la guerre et tous les jours des gens meurent, non? En fait, l’administration américaine, qui commence à prendre le contrôle de l’Irak, souhaite calmer la population et montrer que l’envahisseur est venu apporter paix et prospérité. Je ne l’ai pas encore dit, mais il n’y a aucun américain parmi les victimes, seulement des Irakiens. 

Bien sûr, Bagdad Inc. possède un volet thriller très fort. Celui-ci est d’ailleurs bien ficelé et rythmé et propose bien des surprises. Par contre, Desberg va plus loin qu’une « simple » bande dessinée de suspense. Quand on lit entre les lignes, on se rend bien compte qu’il nous offre une critique sévère de la guerre et plus précisément de la politique américaine dans le domaine. 

L’horreur et la barbarie sont évidemment montrées sans filtre. On ne cherche pas du tout à glorifier la guerre. Cependant, l’album se démarque des autres critiques semblables en traitant d’un volet trop souvent oublié : l’économie. Bagdad Inc. nous explique, en effet, de quelle façon des dizaines d’entreprises, dont les compagnies de mercenaires, se sont enrichis sur le dos des pauvres soldats américains envoyés souvent à une mort certaine, des contribuables américains qui finançaient le tout et des civils irakiens qui étaient les victimes de ce conflit dont les justifications n’étaient peut-être pas aussi nobles que l’avaient annoncé à la base George W. Bush.

Le dessin de Legrain est, quant à lui, classique et possède une certaine retenue qui est ici parfaitement de circonstance. Il décrit bien la souffrance que peut vivre un soldat pendant et après un déploiement, sans pour autant bombarder les images d’hémoglobine. En d’autres mots, il ne cherche pas forcément à nous éblouir, mais c'est agréable à regarder.

Verdict 

Contrairement à ce que laissait présager la couverture, Bagdad Inc. n’est pas du tout une bande dessinée qui souhaite louanger les conflits armés. Il s’agit plutôt d’une bande dessinée intelligente et bien réalisée et documentée qui nous ouvre les yeux sur les fondements réels de l’une des guerres les plus meurtrières et coûteuses des dernières années. 

 

 

Bagdad Inc. 

Stephen Desberg et Thomas Legrain 

Troisième vague (Le Lombard)

76 pages 

 

Cote : 4 étoiles sur 5.

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