BORNES ÉLECTRIQUES

Ça aura pris pas moins de cinq ans à Violaine Leroy («La rue des autres», La Pastèque) pour concevoir «Dérangés», une bande dessinée majestueuse de 312 pages qui doit sortir au courant du mois de janvier chez La Pastèque.

Dans cette histoire en trois actes, nous faisons la connaissance de trois personnages atypiques. Il y a d’abord ce gardien de musée souffrant probablement de troubles obsessionnels compulsifs, qui sombre peu à peu dans la folie. Chaque fois qu’il revient de son travail, il retrouve sa maison sens dessus dessous, alors que ses objets ont pris des positions insolites, comme s’ils se moquaient de lui.

Il y a ensuite Judith, une jeune femme qui se cherche beaucoup. C’est qu’elle a de la difficulté à faire la différence entre ses rêves et la réalité. 

Finalement, on retrouve Nenad, un ancien ouvrier à la retraite qui passe ses journées à concevoir des oeuvres d’art contemporaines. Le seul problème, c’est qu’il est un peu trop extrême dans son approche et n’hésite pas à violer les lois au nom de l’art…

Ces trois individus, qui ont l’air tellement différents les uns des autres, vont pourtant tous finir par se retrouver et partager quelque chose d’extraordinaire qui les transformera à jamais. 

On ne se le cachera pas. La lecture de Dérangés est éprouvante. Il s'y dégage un sentiment oppressant qui nous accompagne tout au long de notre lecture. À mesure que nous tournons les pages, nous pénétrons peu à peu dans un monde onirique. Comme Judith, nous en venons presque à confondre le vrai du faux. Nos sens viennent à nous jouer des tours.

En même temps, l’album nous fait nous questionner sur plusieurs limites, parfois difficile à discerner : l’art et la folie; l’artiste et le fou; l’amour et la passion; vivre ou mourir, etc. 

Graphiquement, l’auteure joue avec les formes et les perspectives, comme un poète joue avec les mots et les rimes. Son dessin, tantôt minimaliste, tantôt chargé, est tout simplement spectaculaire. Elle nous précipite dans l’abîme insondable dans lequel sont forcés de cohabiter ses personnages meurtris par la vie. Beaucoup de planches ne contiennent aucun texte, mais la singularité du dessin rend alors toute bulle superficielle.

Verdict

Comme peu d’albums, Dérangés se joue de nous. Il nous bouscule et nous sort allègrement de notre zone de confort. Il nous offre un ticket pour un voyage au terme duquel nous revenons transformé, voire libéré de certaines de nos contraintes. 2016 ne fait que commencer, mais tout indique que l’oeuvre de Violaine Leroy figurera au sommet des meilleures bandes dessinées de cette année. Du très, très grand art! Ce serait un crime de passer à côté! 

 

Dérangés

Violaine Leroy

312 pages

La Pastèque 

 

Cote : 5 étoiles sur 5.

Source(s) image(s):
La Pastèque

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