Depuis quelques semaines, on peut voir à la télévision de Radio-Canada une nouvelle adaptation télévisuelle de « Un homme et son péché » de Claude-Henri Grignon. Vous savez sûrement que ce n’est pas la première adaptation. On a pu voir les aventures de Séraphin dans d’autres émissions à la télévision, à la radio et au grand écran. Par contre, peu de gens savent qu’entre 1951 et 1970, le romancier, avec, au dessin, Albert Chartier, avait donné vie aux personnages de Sainte-Adèle dans une bande dessinée : « Séraphin illustré ». Chaque mois, les Québécois avaient l’occasion de lire une nouvelle planche dans « Le Bulletin des agriculteurs ». En 2010, les éditions Les 400 coups avaient eu la bonne idée de rééditer cette oeuvre qui fait maintenant partie du catalogue des éditions Mécanique générale.

Séraphin est probablement le personnage de fiction québécoise le plus avare qui soit. C’est justement ce trait de caractère qui est mis de l’avant par Grignon et Chartier. Dans chacune des histoires, soit Séraphin est puni par une force mystérieuse pour son avarice (par exemple, il ne voulait pas payer pour faire réparer la fenêtre de sa pièce mystérieuse et se rend compte le lendemain que la pluie a endommagé son argent), soit il fait quelque chose de tellement « cheap » que ça choque le lecteur (par exemple, il offre à Donalda un cadeau de Noël qu’il a lui-même reçu de quelqu’un d’autre sans prendre la peine de lui révéler cette information). 

En plus d’un demi-siècle, il faut avouer que certains gags ont quelque peu vieilli. Cependant, force est d’admettre que plusieurs n’ont pas pris une ride et nous laissent encore une forte impression. Il faut croire que l’avidité est indémodable! 

Dans Séraphin illustré, chaque planche présente une histoire indépendante des autres. En revanche, il y a certaines thématiques récurrentes comme la messe de minuit, le cadeau du jour de l’an et les travaux sur la terre. 

Toutes les histoires tournent évidemment autour du maire de Sainte-Adèle. Si vous regardez actuellement la série télé, vous reconnaitrez d’autres personnages comme Donalda, le notaire Lepotiron, et Alexis Labranche. 

Bon. Reconnaitre est un grand mot, car la plupart ont un style à l’opposé du remake. D’ailleurs, du point de vue graphique, la série emploie deux styles bien différents. Chacun occupe environ la moitié du livre. Le premier nous montre un Séraphin de 40 ans qui vient d’épouser Donalda. L'illustrateur y va d'un dessin très « hachuré », mais s'accorde quelques fantaisies. Ce qui n’est absolument pas le cas du deuxième style qui, lui, est plutôt calqué sur Les Belles Histoires des pays d'en haut, le fameux téléroman qui a été en onde de 1956 à 1970.

Même si son dessin comporte encore beaucoup de lignes, Chartier y adopte un style proche du photoréalisme. Les acteurs principaux du téléroman sont facilement identifiables : Jean-Pierre Masson, Andrée Champagne, Guy Provost, etc. On a plus l'impression de lire l'adapation du téléroman que celle du roman.

Verdict 

Séraphin illustré est une bande dessinée fascinante qui nous rappelle que la nouvelle émission de Radio-Canada est loin d’être la première adaptation du chef-d’oeuvre de Claude-Henri Grignon. Bref, les amateurs d’histoire dévoreront sans doute cette pièce de collection. 

 

Séraphin illustré 

Claude-Henri Grignon et Albert Chartier

264 pages

Mécanique générale 

 

Cote : 4 étoiles sur 5. 

Source(s) image(s):
400 coups

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