BORNES ÉLECTRIQUES

J’aime particulièrement les « road movies », ces oeuvres où les personnages passent le plus clair de leur temps sur la route. Ce genre est moins populaire dans la bande dessinée, alors, quand je vois un album qui s’en rapproche, je mets la main dessus. Avec « Le sentier des reines », publié chez Casterman, Anthony Pastor tente de réinventer le genre en nous offrant un road movie où le courage et la persévérance féminine sont mis de l’avant.

Blanca et Pauline sont deux femmes qui habitent dans un petit village montagneux en Savoie en France. Leurs hommes, qui sont rentrés sains et saufs de la Première Guerre mondiale, n'ont pas eu de chance et ont perdu la vie peu de temps après leur retour dans une avalanche meurtrière.

Considérant qu’elles n’ont plus rien à faire dans leur village, elles décident de parcourir la moitié de la France à pied pour tenter de redonner un objet de grande valeur à une veuve. C’est que pendant le conflit, leurs maris ont trouvé la montre de leur capitaine décédé. On ne sait pas trop pourquoi ils ont décidé de la garder aussi longtemps, mais les deux femmes ne veulent pas que leurs défunts maris passent pour des voleurs.

Comme on s’en doute, leur aventure sera éprouvante et, en cet hiver 1920, le duo va devoir relever de nombreux défis. 

Le récit est narré par un jeune garçon qui accompagne Blanca et Pauline. Ses parents sont morts dans la même avalanche qui a tué leur mari. Tout comme elles, il n’a plus rien à perdre. 

Le sentier des reines prend décidément des allures de quête initiatique. Si le narrateur va apprendre à devenir un homme, les deux femmes, elles, vont s’émanciper. Contrairement à la Deuxième Guerre mondiale, les femmes, après la Grande Guerre, sont vite retournées à leur tablier et à leur fourneau. 

Blanca et Pauline vont ainsi faire figure d'exceptions et devenir en quelque sorte des précurseures du mouvement féministe.

En même temps, Anthony Pastor ne cherche pas à montrer les hommes de l’époque comme des grosses brutes qui souhaitaient seulement rabaisser la femme. En fait, les personnages masculins adultes sont plutôt rares. Florentin, un ancien poilu qui aurait connu les maris des femmes pendant la guerre, est l’une des seules exceptions. Tout au long de l’histoire, il va suivre, de loin ou de proche, les héroïnes, comme une véritable sangsue. 

Florentin, c’est un peu le stéréotype de l’ancien combattant. Blessé tant physiquement que psychologiquement, il ne s’est jamais totalement réinséré depuis sa démobilisation. Il quête et espère faire un peu d’argent avec la montre en or du défunt capitaine. 

Entre lui, Blanca et Pauline va s’amorcer une guerre psychologique (et parfois physique) intense entre la vertu et la cupidité. L’évolution psychologique de Florentin est d’ailleurs des plus fascinantes. Si au début nous le détestons ardemment, dans les dernières planches nous éprouvons beaucoup de compassion pour lui. C'est fascinant.

Par contre, il n’y a pas que le scénario de Le sentier des reines qui est solide. Son dessin vaut également le détour. Le surabondance des traits donne d’une part du relief aux paysages et aux visages et, d’autre part, un côté dramatique à l’album qui n’est pas désagréable du tout.

Verdict

Le sentier des reines est un road movie touchant qui nous montre que n’importe qui ou presque est capable de changer pour le pire, mais surtout pour le mieux. Bref, voilà un album émouvant pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’émancipation de la femme. 

 

Le sentier des reines

Anthony Pastor

128 pages

Casterman 

 

Cote : 4 étoiles sur 5. 

 

Source(s) image(s):
Casterman

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