BORNES ÉLECTRIQUES

Le Belge Raoul Cauvin est l’un des scénaristes de bandes dessinées les plus prolifique de sa génération. On lui doit d’innombrables séries, souvent humoristiques, comme « Les Tuniques Bleues », « L’Agent 212 » et « Les Psy ». En 2013, à 75 ans, il annonçait qu’il prenait sa retraite. L’année suivante, on apprenait que l’auteur travaillait, avec Curd Ridel au dessin, sur une nouvelle série, « Le Bâtard des étoiles ». Mais contrairement à son habitude, cette série allait être éditée par Sandawe, la fameuse plateforme de socio-fiancement de bandes dessinées. La semaine dernière, j’ai reçu, directement de Belgique, le premier tome, « Le regard des autres ». Voici ce que j’en ai pensé.

Ce premier volume commence alors qu’une jeune mère est sur le plateau de tournage de l’émission « Ça n’arrive qu’à moi ». Elle en a marre de toujours se cacher. Elle souhaite présenter son fils au reste du monde. Il faut dire que ce dernier a un physique atypique : il est petit, a la peau rose malade et n’a que trois doigts. Néanmoins, elle croit que son geste va permettre au gamin de vivre normalement. Elle est persuadée qu'à la vue de son fils, les autres éprouveront de la compassion pour lui et qu’ils vont le laisser vivre sa vie normalement. Grave erreur! 

Elle n’est même pas sortie du plateau de tournage que des dizaines de curieux et de journalistes veulent rencontrer son enfant. Elle va devoir quitter l’immeuble du studio par la porte arrière et fuir. Mais peu importe où elle ira, les médias seront toujours à ses talons. 

Parmi tous ces badauds, il y a un étrange jeune homme qui travaille pour un professeur encore plus bizarre. Il a pour mission de capturer la « bête » et l’amener au scientifique pour qu’il l’étudie…

Avec ses dialogues francs, efficaces et directs, Cauvin nous prouve qu’il n’a pas perdu la main. Comme dans bien d'autres de ses oeuvres, on se marre beaucoup dans Le regard des autres. Cette satire mordante ne se contente pas bêtement de nous faire rire. Elle nous montre d’un oeil rieur les dérapages de notre société quand elle est mise en contact avec quelque chose qui n’entre pas dans le moule du conformisme. 

On pourrait, bien sûr, blâmer les médias pour vouloir toujours rechercher le spectacle. De l’autre côté, ils ne font que donner au peuple ce qu’il veut. Et c'est encore plus vrai avec la popularité des réseaux sociaux où chaque article présentant un cas étrange est partagé des milliers de fois...

Pour sa part, le dessin de Curd Ridel, très expressif sans être trop caricatural, sert bien le scénario et réserve quelques belles surprises, notamment dans les nombreuses scènes de foule. Les séquences nocturnes nous envoûtent par leur impressionnant contraste et jeu de lumière. 

Verdict

Malgré son statut de « retraité », force est d’admettre que Cauvin est en très grande forme. Il signe une bande dessinée drôle, actuelle et intelligente. Ce serait un crime de s’en passer. Selon l’éditeur, au moins cinq tomes sont prévus. Hourra! 

 

Le Bâtard des étoiles, tome 1 : Le regard des autres

Raoul Cauvin et Curd Ridel

48 pages

Sandawe 

 

Cote : 4 étoiles sur 5. 

Source(s) image(s):
Sandawe

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