J’ai été secoué, comme bien des gens, par les attentats de Bruxelles, survenus plus tôt cette semaine. La fin de semaine dernière, j’avais lu « 20 secondes », le 20e tome de « Largo Winch » des Belges Philippe Francq et Jean Van Hamme. Dans ce nouvel album, le siège social du Groupe W., qui se trouve en Europe, est la cible d’un attentat orchestré par un groupe de terroristes islamiques. Même si les circonstances sont différentes, il est difficile de ne pas faire de liens avec ce qui vient de survenir en Belgique. J’ai longtemps hésité avant de publier cette critique, mais si j’avais attendu, c’est comme si, implicitement, j’aurais donné raison à tous ceux qui souhaitent instaurer un climat de peur en faisant du mal à des innocents.

Dans Chassé-croisé, le tome précédent, Largo Winch faisait la rencontre d’une jeune libanaise, Saïdée, en voyage à Londres. Après que la maison des gens chez qui elle devait résider ait explosé, elle avait été recueillie par Domenica, l’amie de Largo. Cette dernière, même si ça ne faisait pas trop son affaire, avait fini par jouer le rôle d’entremetteuse permettant aux deux tourtereaux de tomber éperdument amoureux l’un de l’autre. 

Ce que Largo et Domenica ignorent, et qu’ils vont découvrir dans 20 secondes, c’est que Saïdée est un agent double de la CIA. Elle a infiltré un groupe de djihadistes qui souhaitent s’attaquer de front à l’entreprise de Largo. Ils comptent faire exploser une bombe en plein milieu d’une réunion du conseil d’administration qui réunit les présidents des différentes branches du Groupe W. ainsi que Largo lui-même. 

Comme l’indique son titre, ce 20e épisode prend des allures de course contre la montre où chaque seconde compte. Saïdée va tenter par tous les moyens d’avertir son nouvel amant, et ce, même si elle doit se mettre à dos les djihadistes et son contact de la CIA, qui n'a pas forcément envie d'arrêter ces attentats. L’heure est grave!

Comme on peut s’en douter, 20 secondes abandonne les intrigues financières et le glamour pour se focaliser sur un sujet hélas trop d’actualité : le terrorisme. En même temps, cet album n’est pas un essai sur ce sujet. Plusieurs scènes se déroulent évidemment dans le repaire des terroristes, mais, au final, on en apprend que très peu sur eux.

De l’autre côté, ces terroristes s’éloignent assez des clichés. L’imam à leur tête, par exemple, n’agit pas de manière désintéressée ou pour la « gloire » de l’islam. Comme bien d’autres personnages de la série, il agit pour le compte d’un autre. Ce n’est au final qu’une simple marionnette motivée par l'argent. 

Si le scénario est d’une ingéniosité remarquable, c’est, une fois de plus, le trait de Philippe Francq qui vole la vedette. Chaque case est tellement détaillée et crédible, qu’on a l’impression qu’il s’agit de petites photographies. Les rues de Londres n’ont jamais eu l’air aussi vivantes!

C’est également fascinant de voir la douce évolution de son style depuis la parution du premier numéro en 1990. Certains dessinateurs refusent de s’adapter aux changements. Ce n’est absolument pas son cas. 

Verdict

Après 20 numéros, Philippe Francq et Jean Van Hamme continuent de nous surprendre et de nous en faire voir de toutes les couleurs. Je vous avoue cependant que je suis assez angoissé depuis que Van Hamme a annoncé que c'était son dernier Largo Winch. Je me demande si la série aura toujours autant de punch avec un nouveau scénariste. On se croise les doigts! 

 

Largo Winch, t. 20 - 20 secondes 

Philippe Francq et Jean Van Hamme

48 pages

Dupuis

 

Cote : 4 étoiles sur 5

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Prologue

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