Il s’en passait des choses à Montréal dans les années 50! La métropole, avec ses nombreux cabarets, était la destination de choix pour le jazz. Avec « La femme aux cartes postales », Jean-Paul Eid et Claude Paiement nous proposent de replonger dans cette glorieuse époque.

Le roman graphique de 232 pages - l’un des plus volumineux publiés chez La Pastèque ces dernières années - ne contient pas un, mais deux récits. 

Tout d’abord, nous suivons, en 1957, Rose Grenier, une jeune femme qui a quitté Saint-Émilie-de-Caplan, un petit village en Gaspésie, pour tenter de réaliser son rêve de devenir chanteuse de jazz dans un cabaret de la rue Saint-Laurent.

Ensuite, nous accompagnons, en 2002, un Européen du nom de Victor Weiss qui vient d’apprendre que son frère jumeau, qu’il n’a jamais connu, est mort dans les attentats du World Trade Center. L’homme va tenter de savoir qui était son frangin. Son enquête va mener le professeur d’anthropologie jusqu’à Saint-Émilie-de-Caplan. Comme on s’en doute, les deux histoires vont finir par fusionner pour n’en faire qu’une seule. 

Même si le scénario est captivant, c’est le dessin qui vole la vedette. Jean-Paul Eid abandonne le style plus caricatural de Jérôme Bigras pour adopter un style plus réaliste. Disons-le franchement : son dessin est à couper le souffle. Illustrer cette bande dessinée a dû lui prendre un nombre d’heures incroyable. Un vrai travail de moine. 

Comme un chirurgien qui tient solidement son scalpel, il n’oublie avec son crayon aucun détail. Même dans les scènes de foule, qui sont très nombreuses, il ne laisse rien au hasard. Pas un seul élément, comme les immeubles montréalais (certains sont reconnaissables, comme le Archambault de Berri), les voitures d’époque, les instruments de musique ou encore les personnages, n'a été bâclé. Honnêtement, la reconstitution historique est incroyable et sûrement l'une des meilleures pour une oeuvre québécoise.

Le look « crayonné » et sans encrage des cases offre pour sa part une chaleur qui justifie amplement l’absence de couleur. On n’a pas l’impression qu’il manque quelque chose. De toute façon, je ne verrais pas ce que le rouge, l’orange ou le jaune apporterait de plus. 

Des deux histoires, c’est surtout la première, celle de Rose, qui est la plus intéressante, ne serait-ce parce qu’elle nous fait découvrir une époque que les plus jeunes lecteurs, comme moi, n’ont jamais connue. Elle parle de rêves, d’espoir, de courage, mais aussi d'amères déceptions.

Par contre, le récit de Victor sait nous surprendre lors des dernières planches. C’est avec son histoire que l’album se conclut. On a droit à une finale riche en émotions et savamment orchestrée avec une morale intéressante sur le pouvoir qu’ont les coïncidences sur nos vies. 

Verdict 

La femme aux cartes postales est un émouvant voyage dans le temps qui vous fera regretter l’époque où Montréal sonnait au rythme des trompettes bruyantes et des chanteuses à la voix chaude et sensuelle. 

 

La femme aux cartes postales 

Jean-Paul Eid et Claude Paiement 

232 pages

La Pastèque

 

Cote : 4,75 étoiles sur 5.

 

Source(s) image(s):
La Pastèque

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