Dans les dernières années, José Manuel Robledo et Marcial Toledano nous ont offert la magnifique série « Ken Games ». Je dois dire que j’attendais avec impatience la sortie de leur nouveau projet : « Tebori ». Et disons que l’attente en valait largement la peine!

Au lieu de recycler le même univers que leur précédente série, les auteurs espagnols ont pris le risque de camper le décor de ce nouveau triptyque dans un univers complètement différent. Au Japon, à l’époque actuelle, nous suivons Yoshi, un jeune tatoueur réputé dans tout l’archipel.

Cet ancien motard a été sauvé, il y a de cela plusieurs années, par Seijun, un ami de son grand-père et accessoirement un maitre tatoueur.  Le vieil homme a toutefois omis de lui dire que ses clients étaient des yakuzas. Lorsque le maitre est blessé, Yoshi, qui avait pourtant fui le milieu de la criminalité, n’aura d’autres choix que d’y replonger en remplaçant son mentor. Par contre, avant d’avoir droit de toucher aux plus grands criminels, il va devoir faire ses preuves.

Un scénariste en grande forme

Robledo a un talent rare : celui de mettre en scène, en seulement quelques cases, des personnages riches, attachants et dotés d’un passé lourd et tumultueux. Dès l’introduction, nous adorons Yoshi. C’est comme s’il nous prenait la main et qu’il nous chuchotait à l’oreille : « Viens, je vais te raconter mon histoire. »

Puis, c’est comme ça avec tous les autres personnages moindrement importants qui croisent notre route.

De l’action, mais aussi beaucoup de tatouages!

Criminalité oblige, l’album présente quelques scènes d’action – surtout des bagarres et des poursuites en moto. En revanche, elles n’ont qu’un rôle bien modeste dans l’évolution du récit. Je ne dirais pas la même chose des tatouages…

Richement documenté,  le livre fait en effet office d’introduction au tatouage traditionnel japonais, mieux connu sous le nom de Tebori (d'où le nom de l'album...). Durant notre lecture, les bulles cachent d'ailleurs plusieurs termes associés à cette forme d'art et plus largement, à la culture nippone.  Heureusement, un glossaire richement documenté vient éclairer, plus d'une fois, notre lanterne.

Même si personnellement je suis plus ou moins fan d’aiguilles et d’encre, je me suis quand même laissé séduire par cet univers. Les tatouages deviennent même un personnage à part entière, tant ils font partie des dialogues et du dessin (les planches sans tatouage sont presque inexistantes). Chacune de ces marques laissées sur la peau a une signification et une histoire que nous prenons plaisir à découvrir. 

Par ailleurs, je ne sais pas si Toledano a déjà été tatoueur, mais chaque tatouage qu’il met en image est un peu une mini œuvre d’art. Mais l’illustrateur ne brille pas juste dans ce domaine. Artistiquement, tout dans Tebori est une réussite. J’ai particulièrement aimé sa vision de la culture japonaise. Bref, le dessin de cet album n'a rien à envier à celui de Ken Games qui était pourtant de très haut niveau.

Verdict

En terminant, je pense qu’il est important de souligner l’audace dont ont fait preuve José Manuel Robledo et Marcial Toledano. Ils sont sortis de leur zone de confort pour nous offrir une nouvelle série qui pourrait être encore meilleure que Ken Games. J’ai déjà hâte de tenir entre mes mains les tomes 2 et 3 qui devraient paraitre respectivement en 2016 et 2017.

 

Tebori, tome 1

José Manuel Robledo et Marcial Toledano

64 pages

Dargaud

 

Cote : 4 étoiles sur 5

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Prologue

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