BORNES ÉLECTRIQUES

Robert Capa est l’un des plus grands photographes de guerre de l’histoire. Mort en 1954, il a couvert les plus grands conflits de la première moitié du vingtième siècle : la guerre d’Espagne, la Seconde Guerre sino-japonaise et la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à beaucoup de ses confrères, Capa ne se cachait pas à 100 km des affrontements. La plupart du temps, il accompagnait, sur le front, les soldats, souvent au péril de sa vie. Florent Silloray a eu envie de raconter en bulles et en cases la fantastique histoire de ce grand homme dans « Capa : L'étoile filante ».

C’est avec un style intimiste et biographique que Silloray aborde l’histoire de Capa. Le récit débute en 1954, peu de temps avant sa mort. Nous y retrouvons un homme qui, à seulement 40 ans, fait le point sur sa vie. Il sent que la fin est proche.

Comme s’il nous donnait en main propre son journal intime, Capa nous propose ensuite de découvrir sa vie, de retourner en arrière. En fait l’album se consacre surtout sur sa carrière professionnelle. Sa vie privée n’est que trop peu abordée. Nous savons seulement qu’il souffre de la disparition d’une collègue qu’il considérait comme sa femme, qu’il aime le jeu au point de se ruiner et qu’il déteste s’ennuyer. Malgré cela, je crois que Silloray a réussi à bien saisir le personnage.

La majorité de l’histoire se déroule sur le terrain (ou devrais-je plutôt dire sur le champ de bataille), alors que nous voyons un homme armé uniquement de sa caméra essayer de prendre les meilleurs clichés possible. Plus d’une fois, nous le voyons risquer sa vie pour des photos qui, parfois, ne feront même pas la première page.

Ce qui est également intéressant dans L'étoile filante, c’est de voir les coulisses d’une photo réussie. Silloray déboulonne le mythe selon lequel il suffit d’appuyer sur un simple bouton pour prendre un beau cliché. La photographie est un art certes accessible, mais qui demande un courage et un sang froid qui n’est pas à la portée de tous. Et ça, l’album nous le montre clairement.

En même temps, on ne cherche pas à idolâtre Capa. Comme je l’ai dit plus haut, certains de ses défauts (comme sa dépendance au jeu) sont évoqués ouvertement, et ce, à plusieurs reprises.

Artistiquement, Silloray, qui s’occupe aussi de l’aspect graphique de l’œuvre, a préféré laisser la couleur de côté pour adopter un style sépia assez clair (íl utilise le même style pour sa couverture). Agréable pour les yeux, celui-ci est un peu un clin d’œil au genre de photos que l’on pouvait prendre dans les années 30-40. C’est de très bon goût, je trouve.

Verdict

Que vous ayez ou non comme intérêt la photo, je crois que Capa : L'étoile filante est un album qui vaut la peine d’être lu. Son côté authentique et nuancé fera plaisir aux photographes, tandis que son côté éducatif et accessible plaira aux néophytes, lesquels se rendront compte que c’est peut-être un peu plus difficile que l’on pense de prendre une bonne photo.

 

Capa : L'étoile filante 

Florent Silloray

88 pages

Casterman

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
Casterman

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