BORNES ÉLECTRIQUES

Récemment, je vous ai parlé du délicieux premier tome d’«Arthus Trivium», une nouvelle série éditée chez Dargaud par Landa et Raule. Les bédéistes n’en étaient pas à leur première incursion dans le 9e art. Chacun avait déjà signé quelques albums. Dernièrement, je me suis intéressé à l’une des premières œuvres de Raule en tant que scénariste : «Isabellae». Voici ce que j'ai pensé des deux premiers tomes.

Nous sommes en 1192 au Japon. Isabellae Ashiwara est une jeune guerrière qui se promène de village en village pour remplir de petits contrats de chasseur de primes. Elle a perdu son père dans la bataille de Dan-no-ura qui s’est déroulé il y a sept ans. Certains diraient qu’elle se contente d’errer depuis ce triste événement. Mais la demoiselle à la chevelure rousse a un but : retrouver Siuko, sa sœur qu’elle n’a pas vu depuis des années.

Dans L'homme-nuit, le premier tome, le lecteur est invité à découvrir le monde dans lequel vit Isabellae. Il est impitoyable et hostile. La loi du plus fort est la seule chose que les gens connaissent. Même si les guerrières étaient plutôt rares à cette époque, la rouquine est comme un poisson dans l’eau. Elle manie le katana aussi bien que les plus grands samouraïs et n’hésite pas à décapiter quiconque lui barre la route.

L'homme-nuit donne en quelque sorte le ton à la série : le sang qui gicle, les membres mutilés et les nombreux duels à l’épée.

La suite, Une mer de cadavres, ne donne aucun répit aux lecteurs, car il semble encore plus violent que le premier. La majorité de ce huis clos se passe sur un bateau, alors que l’héroïne se remémore de bons et moins bons souvenirs avec sa sœur. Elle est persuadée qu’elle va la rattraper (elle aurait pris un autre bateau, une semaine avant elle). Par contre, un événement inattendu va venir bouleverser ses plans.

Entre combats et intrigues politiques

Jusqu’ici, vous vous dites peut-être que cette série n’est qu’une succession de combats sanglants. Ce n’est pas tout à fait exact. Si l’action est effectivement au rendez-vous, le scénario n’a pas été mis de côté. Les liens familiaux sont au centre de l’histoire. L’auteur les a faits complexes et en même temps compréhensibles. Chaque retour en arrière du personnage principal nous en apprend un peu plus sur les siens et sur ses motivations. Sa sœur est certes le personnage le plus important dans les flashbacks, mais certains retours en arrière visent également son père et sa mystérieuse mère.

Dans le deuxième tome, l’intrigue devient presque politique, alors qu'Isabellae est impliquée, bien malgré elle, dans un complot visant l’empereur.  Ce mini changement de cap demeure toutefois cohérent et apporte même de la profondeur au récit (et empêche le lecteur de trouver les scènes de combat redondantes).

Japon oblige, Gabor prend , pour le dessin, son inspiration dans les manga. C'est surtout perceptible dans les expressions du visage qui sont un peu caricaturales. En revanche, le dessinateur ne fait pas l’erreur de tomber dans le pastiche ou la parodie et on sent dans son trait (surtout pour les décors) les influences franco-belges. Grosso modo, ce mélange des genres est agréable visuellement. J’aurais cependant apprécié voir un peu plus de détails dans les visages de certains personnages, notamment dans les plans éloignés. Aussi, et c’est strictement personnel, certains décors semblaient abuser des lignes.

Verdict

Si vous avez aimé Arthus Trivium, vous apprécierez sûrement ces deux premiers tomes d’Isabellae. Le scénario y est tout aussi rafraichissant. Il est vrai que ce n’est pas le même dessinateur, mais Gabor fait dans l’ensemble un très bon travail. 

 

Isabellae 1 : L'homme-nuit

Raule et Gabor

48 pages

Le Lombard

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5

 

Isabellae 02 : Une mer de cadavres

Raule et Gabor

48 pages

Le Lombard

 

Cote : 4 étoiles sur 5

 

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Prologue

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