Imaginez. Dans un monde où les bourses traditionnelles se sont effondrées, une nouvelle bourse permet aux élites de la société de se coter eux-mêmes en bourse. Avouez que l’idée fait peur. C’est pourtant ce que propose le prolifique Xavier Dorison (« Undertaker », « Le maitre d’armes »), accompagné au dessin de Thomas Allart, dans la trilogie « Human Stock Exchange » («HSE »), dont le dernier tome est paru récemment chez nous.

HSE raconte l’histoire de Félix Fox, un vendeur de voitures qui ne rêve que d’une chose : devenir un Red Eye, c’est-à-dire être coté au HSE. Ce marché lui est cependant interdit, car il manque quelques zéros à son compte de banque. Seuls les plus riches sont les bienvenus.

Si ses moyens sont limités, il peut néanmoins compter sur son ambition. Il en a beaucoup… peut-être même un peu trop. À l’instar du Loup de Wall Street, Félix va gravir les échelons jusqu’à devenir le premier homme « de seconde classe » à se coter au HSE.

Félix finira toutefois par se rendre compte qu’il doit payer un prix très lourd pour rester au sommet de la pyramide. Même s’il est riche comme Crésus, il n’est pas libre. Loin de là. Il est au service de ses actionnaires qui ont investi beaucoup en lui et qui ne tolèrent aucun écart de conduite. Il doit s’entrainer, bien manger, prendre aucun alcool ni drogue et toujours avoir l’air de bonne humeur. Ses moindres mouvements sont captés par une « rate watch ». Cette espèce de bracelet indique aussi en temps réel sa cote. Plus sa cote est élevée et plus il est riche. Il va devenir littéralement obsédé par celle-ci.

Dorison a ce rare don de pouvoir créer des personnages quasi mythiques. À l’instar de Jonas Crow dans Undertaker ou Hans Stalhoffer dans Le maitre d’armes, Félix Fox est un protagoniste qui nous marque dès la première rencontre. Encore plus arrogant que Crow et certainement moins noble que Stalhoffer, le vendeur de voitures a pourtant un charme évident.

Le contexte nous laisse aussi une forte impression. Le scénariste a abandonné la chaleur du Far West et la froideur du Moyen Âge et a plutôt choisi un futur proche ravagé par la crise financière. Difficile de ne pas faire de liens avec ce qui se produit actuellement un peu partout dans le monde occidental. En même temps, HSE n’est pas une vraie critique du capitalisme, bien que l'auteur soulève d'importantes questions éthiques. 

Il reste que grâce à son héros puissant et son univers original, HSE a toutes les cartes en main pour se démarquer des récits ayant la même base. Le triptyque repose en effet sur une structure archi-connue dans la fiction (lune de miel / descente aux enfers / rébellion). Sans surprise, certains éléments sont donc prévisibles. Heureusement, le charisme de Félix et la complexité du monde dans lequel il évolue parviennent facilement à nous les faire oublier.

Plus on progresse dans notre lecture et plus le dessin d’Allart semble être pour sa part recouvert de brouillard ou d’un mince voile. Ce n’est pas du tout désagréable. J’irais jusqu’à dire que ça donne à l’œuvre un caractère mystérieux. Le dessinateur ne tombe pas non plus trop dans la fantaisie et le visuel demeure accessible et plaisant pour les yeux.

Verdit

À la portée de tous et prenante, HSE est une trilogie remarquable qui s’adresse autant aux amateurs de bandes dessinées d’anticipation qu’aux amoureux de la finance. En tout cas, on espère que cette oeuvre enlèvera aux banquiers l'idée de coter les humains en bourse…

 

 

Human stock exchange, tome 1

Xavier Dorison et Thomas Allart

56 pages

Dargaud

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5

 

Human stock exchange, tome 2

Xavier Dorison et Thomas Allart

56 pages

Dargaud

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5

 

Human stock exchange, tome 3

Xavier Dorison et Thomas Allart

56 pages

Dargaud

 

Cote : 4,25 étoiles sur 5

 

 

Source(s) image(s):
Prologue

Commentaires