Récemment, Claude Paiement et Jean-Paul Eid ont fait paraitre chez La Pastèque le superbe album « La femme aux cartes postales » qui se déroule en 1957 dans des cabarets de jazz de Montréal. Ces bédéistes sont cependant loin d’être les premiers à s’être inspirés de ce magnifique genre musical. Plusieurs années avant eux, les Espagnols Roger et Raule avaient lancé « Jazz Maynard ».

Même si je suis un fan de jazz, je n’avais jamais eu la chance de lire les quelques albums de ce thriller. C’est en me délectant avec Arthus Trivium, scénarisé par Raule, que je me suis dit qu’il était temps d’aller faire mes devoirs.

Première chose : il ne s’agit pas d’une intégrale complète. On retrouve seulement les albums de la trilogie barcelonaise (les tomes 4 et 5 sont parus après et n'y figurent pas). En revanche, les trois opus contenus dans cette intégrale forment une histoire complète qui peut être prise indépendamment des autres volets de la série.

Mais qui est donc ce Jazz Maynard? Il s’agit d’un trompettiste qui retourne à Barcelone après avoir été en exil pendant des années à New York. Il est rentré au bercail à cause de sa sœur qui semblait avoir de graves problèmes.

Après des retrouvailles inespérées, Jazz se rend compte qu’il n’est pas près de sitôt à revoir la statue de la liberté et l’Empire State Building. Ayant fui le vieux continent en partie pour échapper aux criminels, il se retrouve maintenant à travailler, contre son gré, pour eux.

Le récit se focalise également sur l’histoire d’une jeune journaliste et ancienne amie de Jazz qui tente de faire tomber la corruption qui règne à Barcelone. Sans vous gâcher la fin, disons que sa mission et celle de Jazz vont se rejoindre dans les dernières planches. Tout ce que je peux rajouter, c’est que la finale est époustouflante.

Ce qui est assez étonnant, c’est que la musique occupe dans cette oeuvre une place peu importante. Il n’y a pas de références à des standards de jazz et les scènes se déroulant dans un cabaret sont peu nombreuses. Par contre, les auteurs ont réussi à insuffler à Jazz Maynard certaines des plus grandes qualités associées au jazz.

Il faut dire qu’à l’instar de leur héros, Roger et Raule ont le sens du rythme. Que l’on soit musicien ou non, nous n’avons aucune difficulté à déchiffrer leurs planches. Les fausses notes, tant du point de vue technique que scénaristique, se font également plutôt rares. Notre plaisir est continu et nous pouvons lire cette intégrale d’une traite sans jamais perdre le fil ou avoir envie de faire autre chose.

Le dessin sans fioriture de Roger évolue pour sa part lentement pendant ces trois tomes. Il demeure toutefois toujours totalement au service du scénario. Le trait y est souvent expressif, alors que les couleurs, faussement ternes, rappellent une époque où le jazz régnait en maitre dans les cabarets.

Verdict

Pas besoin d’être un fan de jazz pour apprécier Jazz Maynard. Avec ses personnages forts et son rythme soutenu, cette intégrale a tout pour plaire aux fans de polars. Même si elle commence à dater, elle n’a pas pris une ride et je ne crois pas que ce soit sur le point de changer...

 

Jazz Maynard, une trilogie barcelonaise 

Roger et Raule

150 pages

Dargaud

 

Cote : 4 étoiles sur 5.

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Prologue

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