BORNES ÉLECTRIQUES

Juan Díaz Canales est un bédéiste que j’aime beaucoup. L’Espagnol s’est en particulier fait connaitre avec la série policière « Blacksad » (dessinée par Juanjo Guarnido). Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de prix que cette saga a reçu.

L’année dernière, le Madrilène a relancé Corto Maltese d’Hugo Pratt chez Casterman. Les attentes étaient très élevées, mais la plupart des amateurs de bandes dessinées, dont moi, ont été convaincus.

Avec Au fil de l’eau, Juan Díaz Canales revient en quelque sorte à ses premières amours et signe une œuvre policière hors du commun. Encore une fois, il décide de choisir comme principal protagoniste un personnage atypique. Il ne s’agit plus d’un chat noir, mais plutôt d’un octogénaire.

L’action prend place dans un Madrid moderne. Niceto a plus de 80 ans. Au lieu de vivre une retraite paisible dans une maison de retraite, l’octogénaire commet des petits délits avec ses vieux amis : vols, recels, etc. L’Espagne est frappée par la crise financière et c’est ce qu’ils ont trouvé de mieux à faire pour survivre…

Sauf qu’un jour, les copains de Niceto commencent à disparaitre les uns après les autres. Puis, c’est Niceto lui-même qui ne donne plus signe de vie. Roman, le fils de Niceto et médecin légiste pour la police, et Alvaro, son petit-fils travaillant dans les forces de l’ordre, décident de faire enquête. Cette enquête les mènera dans les coins les plus sombres de Madrid…

Au fil de l’eau n’est pas qu’une simple enquête policière. C’est un livre qui parle de la vie et du sens que nous donnons à celle-ci. Empreint de réflexions philosophiques, le récit nous plonge dans l’intimité d’une personne âgé qui peine à trouver sa place dans le monde. Elle a l’impression qu’elle est devenue inutile et invisible aux yeux des autres. Juan Díaz Canales dépeint avec sensibilité son désespoir.

En même temps, on n’a pas envie de s’ouvrir les veines en lisant ce livre. L'Espagnol utilise toute son expérience d'auteur policier pour nous concocter une enquête policière rythmée, prenante et riche en rebondissements.

Au fil de l’eau tient aussi sa force de ses personnages. Parfois, dans les romans policiers, les enquêteurs ne sont que des coquilles vides qui ne vivent que pour démasquer les méchants. Ici, ce n’est pas le cas. Niceto et Alvaro, même s’ils sont dans la police, ont l’air de gars bien ordinaires. Ils ont une vie en dehors de leur travail et celle-ci a une incidence sur leur vie professionnelle. De ce fait, il est plus facile de s'attacher et de s'identifier à eux.

Maitrisant parfaitement son scénario, Juan Díaz Canales est également un as des crayons et des pinceaux. Le dessin surprend par ses nombreuses scènes de foule et ses magnifiques décors urbains. Même si on n’a jamais visité la capitale espagnole, nous avons le sentiment d’y avoir déjà mis les pieds. Nous entendons les gens bavarder et rire et les voitures klaxonner, et sentons même les différentes odeurs émanant des commerces et des appartements. On a droit à un Madrid bourré de vie.

Verdict

Juan Díaz Canales aurait pu se contenter de produire une banale enquête policière. Au lieu de ça, il a réalisé une bande dessinée intelligente et nuancée mettant en scène des personnages profonds et crédibles. En plus, elle est magnifiquement illustrée. On n’est pas loin de la perfection, là.

 

Au fil de l’eau

Juan Díaz Canales

104 pages

Rue de Sèvres

 

Cote : 4 ,5 étoiles sur 5.

Source(s) image(s):
Rue de Sèvres

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