BORNES ÉLECTRIQUES

Entre l’enseignement de la littérature contemporaine à l’Université McGill et les chroniques à Radio-Canada, Alain Farah écrit. En 2013, il a fait paraitre « Pourquoi Bologne », un roman bien accueilli par la critique. Comme d’autres écrivains avant lui, il a fait récemment, avec l’aide de l’illustratrice Mélanie Baillairgé, une incursion dans le merveilleux monde de la bande dessinée. Paru cet automne chez La Pastèque, « La ligne la plus sombre » nous précipite dans son univers biscornu.

Le récit autobiographique commence alors que Farah reçoit un appel de Clémence, une employée de Radio-Canada qui souhaite qu’il devienne commentateur pour l’élection provinciale de 2012, laquelle doit avoir lieu dans quelques semaines.

À cette époque, l’auteur est en vacances dans le Maine et n’a pas forcément envie de se mouiller et de se retrouver sous le feu des projecteurs. Finalement, la douce voie de Clémence va le convaincre de revenir à Montréal.

Les deux vont rapidement se lier d’amitié. Puis, la jeune femme deviendra en quelque sorte sa confidente. Ensemble, ils vont avoir des discussions sur des sujets politiques, poétiques, philosophiques et métaphysiques.

Mais La ligne la plus sombre est bien plus qu’un banal roman d’amour. Farah s’attaque à une variété de thèmes souvent complexes avec, chaque fois, une aisance stupéfiante. Par exemple, en s’imaginant être un espion d’une série télé, il s’interroge sur la duplicité des individus, alors qu’en évoquant le channeling, il aborde les multiples dimensions et univers.

Si, à première vue, l’album semble constamment passer du coq à l’âne, une analyse plus approfondie (ou une deuxième lecture) du texte nous prouve le contraire. Quand on regarde l'oeuvre dans son ensemble (et non pas chapitre par chapitre), on comprend qu'il s'agit d'un surprenant exposé sur notre libre arbitre et plus particulièrement sur l'impact qu'ont nos décisions sur notre vie. Dans le livre de Farah, tout commence par un appel. Mais que serait-il arrivé s’il n’avait pas décroché?

Cela dit, le trait gras de Mélanie Baillairgé nous aide à mieux saisir les nombreuses idées de Farah, même les plus compliquées. C'est comme si elle était en même temps dessinatrice et vulgarisatrice.

Techniquement, son crayon fait preuve d’une grande agilité. Très flexible dans son approche, elle n’hésite pas à adapter son style selon les thèmes abordés. Le chapitre sur Victor Hugo est par exemple beaucoup plus dense que celui se déroulant dans le Maine. Dans tous les cas, cependant, le visuel demeure épuré, joli et accessible. 

Verdict

La ligne la plus sombre est le résultat d’une étroite collaboration entre un extraordinaire auteur et une talentueuse dessinatrice. En tout cas, c’est l’impression que j’ai eu en lisant ce superbe roman graphique. Espérons que nous verrons bientôt une prochaine bande dessinée d’Alain Farah sur les tablettes. Qui sait? Il y a peut-être pris goût!  

 

La ligne la plus sombre

Alain Farah et Mélanie Baillairgé

96 pages

La Pastèque

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5

 

Source(s) image(s):
La Pastèque

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