BORNES ÉLECTRIQUES

Prépublié dans « Le Petit Vingtième » de 1929 à 1930, « Tintin au pays des Soviets » est la première aventure mettant en vedette Tintin et Milou. Contrairement aux autres albums d’Hergé, celui-ci n’a jamais été mis en couleur. Certains croient que c’est parce que l’auteur belge n’a jamais eu le temps, alors que d’autres pensent qu’il avait fini par se désintéresser de cette œuvre de jeunesse. Toujours est-il que Casterman vient de publier une toute nouvelle édition couleur de ce chef-d’œuvre du neuvième art. Elle a été réalisée par Michel Bareau, directeur artistique des Studios Hergé, et Nadège Rombaux.

Avant même sa parution, cet album déchainait les passions des amateurs de bandes dessinées. D’un côté, il y avait ceux qui criaient au scandale et de l’autre, ceux qui attendaient avec impatience la sortie de ce livre. Pour ma part, j’appartenais au deuxième camp.

Il est vrai que je suis plutôt conservateur quand il s’agit de « moderniser » des vieilles œuvres, mais, dans le cas de Tintin au pays des Soviets, j’étais impatient de voir ce que Michel Bareau et Nadège Rombaux avaient fait.

D’abord, il faut savoir que l’histoire n’a pas changé. Tintin, un reporter belge, et son célèbre chien, doivent se rendre en URSS pour témoigner de ce qui se passe vraiment au pays de Staline. Sauf que les dirigeants soviétiques ne souhaitent absolument pas qu’un journaliste étranger vienne fouiner dans leurs affaires. S’en suivra une série de péripéties rocambolesques.

Tintin se battra par exemple avec un ours, survivra à une explosion d’un train, fera de la boxe et échappera à une peine de mort. Bref, le comportement de ce « jeune » Tintin n’a rien à voir avec celui des albums de la maturité, où il prenait le temps de réfléchir avant de sortir les poings.

Étonnamment, la colorisation de Tintin au pays des Soviets n’est pas du tout ostensible. Le ton des couleurs se rapproche davantage des autres tomes de Les aventures de Tintin que d’un album étant paru dans les dernières années. Si vous cherchez des couleurs douces comme Lou! ou vives comme Les Légendaires, il faudra aller voir ailleurs. Les couleurs sont ici plus brutes, plus primitives.

Dans leur travail, Michel Bareau et Nadège Rombaux n’ont pas cherché à moderniser à tout prix ce livre ni à le dénaturer. Ça se sent dans chacune des cases. Je crois qu’ils ont su respecter dans les grandes lignes l’esprit d’Hergé. Je ne sais pas si le grand homme aurait aimé leur travail, mais je ne pense pas que ça lui aurait forcément déplu.

En plus, cette colorisation permet d’accentuer certains détails. En relisant Tintin au pays des Soviets, je me suis en effet surpris à voir des choses que je n’avais même pas remarquées auparavant, et ce, même si cette bande dessinée est l’un des albums que j’ai le plus souvent lus dans ma vie.

Verdict

Très respectueuse et authentique, cette version couleur de Tintin au pays des Soviets permet de voir d’un autre œil un classique du neuvième art. Elle rend la lecture plus facile sans pour autant voler la vedette au dessin original d’Hergé.

 

Tintin au pays des Soviets (Version couleur)

Hergé, Michel Bareau et Nadège Rombaux (colorisation)

138 pages

Éditions Moulinsart/Casterman

 

Cote : 4,25 étoiles sur 5

 

Source(s) image(s):
Casterman

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