BORNES ÉLECTRIQUES

Les réfugiés syriens ont ému la planète entière. En 2016, le Canada a accueilli des milliers d’entre eux. Mais notre pays n’a pas été le seul. Les femmes et les hommes qui fuyaient la guerre civile en Syrie ont trouvé refuge dans d’autres pays, comme la France. « Haytham, une jeunesse syrienne », paru chez Dargaud, raconte l’histoire vraie de Haytham al-Aswad, un jeune homme qui a quitté son pays, avec sa famille, pour venir s’installer dans l’Hexagone.

Contrairement à Coquelicots d’Irak (Pow Pow), un album dans lequel Brigitte Findakly racontait sa propre jeunesse en Irak avant la guerre, cette bande dessinée n’est pas écrite par Haytham lui-même. Ses propos ont plutôt été recueillis par Nicolas Hénin, un journaliste ayant été lui-même l’otage de l’État islamique pendant un an.

Malgré cela, le récit prend une forme très personnelle, voire presque autobiographique. Jamais nous n’avons l’impression qu’il s’agit d’un reportage ou d’un documentaire.

L’histoire commence avant la guerre civile en Syrie. Haytham et sa famille habitent alors à Deraa, une municipalité située au sud de la Syrie et près de la Jordanie. Encore adolescent, il peut jouer sans problème dans les rues de la ville avec ses amis. Mais cela est sur le point de changer…

Réalisant que de plus en plus de pays du monde arabe se soulèvent contre leurs dictateurs, les Syriens sont, eux aussi, tentés de prendre en main leur destin. Le père de Haytham, un professeur et un activiste, sera parmi les premiers Syriens à organiser des manifestations contre le régime en place. Évidemment, Haytham participera à ces manifestations. Du moins, au début, quand la police ne tirait pas sur les manifestants…

Finalement, voyant que le pays sombre dans la terreur, Haytham et ses proches décident de tout quitter et d’aller se réfugier en France. Nous suivons alors l’intégration parfois difficile d’un jeune homme qui ne parle même pas la langue de sa terre d’accueil et qui a le mal du pays. Tout ceci ne sera heureusement que passager, car le garçon finira par aimer son nouveau pays.

Dans le chapitre consacré à la France, Nicolas Hénin n’a pas voulu adopter un ton trop complaisant. Il n’hésite pas, par exemple, à révéler que le jeune homme a été victime de racisme, même si dans l’ensemble, les Français ont été plus que corrects avec lui.

Haytham, une jeunesse syrienne ne présente pas non plus son protagoniste comme une pauvre victime sans défense. La bande dessinée le montre plutôt comme une personne ordinaire qui a dû faire preuve de courage et de détermination pour traverser nombre d’épreuves. Étant donné que nous pouvons facilement nous identifier à lui, son histoire nous touche autant qu’elle nous inspire.

Le trait fin et adroit du dessinateur Kyungeun Park (Yallah Bye) aide d’ailleurs à renforcer ces sentiments. Bien que le dessin soit exempt de couleurs, il n’est jamais fade ou pauvre. Les nombreuses scènes de foule sont toujours pleines de vie, alors que les décors, syriens ou français, ne cessent de nous épater par leur réalisme.

Verdict

Haytham, une jeunesse syrienne est un roman graphique d’une grande sensibilité. Magnifiquement illustré, il nous aide à mieux comprendre les terribles épreuves que certains réfugiés syriens ont dû traverser.

 

Haytham, une jeunesse syrienne

Nicolas Hénin et Kyungeun Park

80 pages

Dargaud


Cote : 4 étoiles sur 5

 

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Prologue

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