Pierre-Yves Gabrion a passé les dernières années à travailler sur l’ambitieux diptyque « Karma City ». En effet, en plus d’y signer le scénario, il s’est chargé seul du dessin et des couleurs. Le premier tome, publié par Dupuis, est sorti chez nous il y a quelques semaines.

L’action se déroule à Karma City, une gigantesque ville obéissant aux lois universelles du karma. Selon ces lois, l’intérêt général doit toujours primer sur l’intérêt individuel. Emma List, fraichement sortie de l'école, vient d’être embauchée par le Bureau d’enquête, genre de FBI enquêtant sur les crimes karmiques.

Pour sa première mission, la major stagiaire se voit confier le commandement d’une petite équipe composée du peureux, mais intelligent Asuki, et du vieux et de la vieille Cooper. C’est à ce dernier que revient la tâche de montrer à la recrue, un peu coincée, les ficelles du métier.

Pour sa première mission, Emma se voit affecter une enquête de routine : la mort d’une jeune femme par AVC. En creusant, elle va découvrir que cette mort « banale » cache cependant un lourd secret qui pourrait ébranler les fondements mêmes de Karma City.

Il est difficile de catégoriser Karma City. La bande dessinée tire son inspiration d’un peu partout. Grossièrement, on pourrait dire qu’il s’agit d’un mélange entre roman policier, récit d’anticipation et critique sociale.

Si les volets science-fiction et critique sociale (le monde de Karma City est magnifique) sont bien maitrisés, le volet polar l’est un peu moins. Le problème ne vient pas de l’enquête elle-même (elle est amusante à suivre), mais plutôt de certains personnages qui peinent souvent à échapper aux clichés associés au genre. Je pense notamment à l’héroïne et à ses coéquipiers qui ont une personnalité un peu trop conventionnelle.

Et qu'en est-il du dessin? Il est largement inspiré des romans graphiques américains, en particulier ceux des années 90 comme Enigma de Duncan Fegredo et Peter Milliganou, et Transmetropolitan de Darick Robertson et Warren Ellis. Les couleurs sont moins vives, alors que les décors sont moins travaillés. Comme beaucoup de dessinateurs de comics, Pierre-Yves Gabrion préfère mettre l’accent sur les personnages (d’inspiration plus européenne) et les dialogues, ce qui n'est pas forcément une mauvaise idée, car l'ensemble est plutôt réussi.

Verdict

Malgré des personnages un peu faibles, Karma City est un roman graphique qui pique la curiosité. Son univers, incroyablement vaste, captivera la plupart des amateurs de science-fiction qui n’en peuvent plus des histoires de vaisseaux spatiaux et de voyages intersidéraux.

 

Karma City, tome 1

Pierre-Yves Gabrion

Dupuis

176 pages

 

Cote : 3,5 étoiles 5

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Prologue

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