Francis Desharnais est un auteur très prolifique. On lui doit entre autres l’inimitable « Burquette », la renversante série « Motel Galactic », le jouissif « La guerre des arts » et l’étonnant « Les premiers aviateurs ». Ce que j’aime avec ce bédéiste, c’est qu’il ne se cantonne pas à un seul univers. Les albums que je viens de mentionner en sont la preuve vivante. Ils sont somme toute assez différents les uns des autres. Et ce n’est pas près de changer avec « Le Seigneur de Saint-Rock », sa dernière bande dessinée illustrée par ValMo et publiée dans la collection Anticyclone de Front Froid.

Avec Le Seigneur de Saint-Rock, Francis Desharnais s’attaque au merveilleux héroïque (heroic fantasy). Mais ce touche-à-tout du neuvième art ne fait pas les choses comme les autres. Au lieu de signer un banal album comme on en trouve des dizaines (voire des centaines) sur les rayons des librairies, il a plutôt décidé de nous concocter une délicieuse parodie de ce genre littéraire.

Inspiré notamment par Le seigneur des anneaux, Le Seigneur de Saint-Rock est un album qui ne se prend vraiment pas au sérieux. Il se déroule dans le quartier Saint-Roch de Québec. Sauf que ce quartier n’est plus seulement peuplé d’humains. Les elfes, les trolls et plein d’autres créatures magiques y vivent maintenant en harmonie.

Nathalie, une humaine passionnée de grandeur nature qui travaille dans un cabinet d’avocats, reçoit un jour une lettre de Saumon, un magnat de l’immobilier. Son propriétaire, le magicien Gilles Findel, et ses voisins, un sympathique troll et un elfe un peu hautain, ont reçu pratiquement la même lettre. Dans celle-ci, le promoteur immobilier exhorte Nathalie et ses amies à quitter l’immeuble. Avec son bail unique, Saumon espère contrôler tout le quartier.

Mais la petite bande ne se laissera pas faire! Ensemble, ils vont tenter de récupérer les actions de l’entreprise de Saumon. En détenant au moins la moitié des actions, ils espèrent freiner le projet du mégalomane et détruire une bonne fois pour toutes le bail unique.

Avec un scénario comme ça, difficile de s’ennuyer! Il faut dire que Francis Desharnais n’a jamais aimé le conformisme. Cela dit, Le Seigneur de Saint-Rock propose une histoire légèrement plus accessible que ses dernières parutions chez l’éditeur Pow Pow.

Si le Québécois s’est un peu assagi, il n’a pas abandonné pour autant son humour délirant. À l’instar de ses précédents opus, son dernier album est parsemé de blagues exquises. Oui, parfois c’est vraiment niaiseux et gros, mais on ne peut s’empêcher de rire quand même devant l’absurdité de telle ou telle situation.

Avant de lire cet album, je ne connaissais pas le travail de ValMo. Cette dessinatrice, œuvrant dans le domaine du jeu vidéo, m’a vraiment étonné avec son dessin rond et élégant. Grâce à son trait aussi précis que le scalpel d’un chirurgien, elle arrive à créer des personnages à la fois crédibles et originaux. C’est assurément une illustratrice qu’il faudra surveiller dans les prochaines années.

Verdict

Le merveilleux héroïque va très bien à Francis Desharnais. Le Seigneur de Saint-Rock est un album drôle, original et superbement dessiné par une dessinatrice bourrée de talents. On aurait tort de s’en priver.

 

Le Seigneur de Saint-Rock

Francis Desharnais et ValMo

Anticyclone (Front Froid)

130 pages

 

Cote : 4 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
Front Froid

Commentaires