Alexandre Marius Jacob est un anarchiste français qui a vécu de 1879 à 1954. Genre de Robin des Bois moderne, le cambrioleur volait les plus riches pour redonner aux plus pauvres. Même après avoir amassé une fortune colossale, il continuait de vivre une vie simple. L’homme aurait notamment inspiré Maurice Leblanc dans la conception de son fameux personnage d’Arsène Lupin.

Il faut toutefois avouer que chez nous, Alexandre Jacob est peu connu. Qu'à cela ne tienne! Matz (Le Dahlia noir, Balles Perdues, Corps et âme) et Léonard Chemineau ont eu envie de nous raconter sa fabuleuse histoire dans Le travailleur de la nuit, une bande dessinée publiée par Rue de Sèvres. Elle vient de paraitre en France et devrait arriver au Canada dans quelques semaines.

Le récit commence au palais de justice d’Amiens, le 8 mars 1905. C’est le procès d’Alexandre Jacob. De quoi est-il accusé? On ne le sait pas encore. Ce que l’on sait déjà, c’est qu’il n’a pas la langue dans sa poche. Il n’hésite pas à tenir tête au magistrat qui se retrouve désemparé par sa trop grande franchise.

Ce procès n’est en fait qu’un prétexte pour découvrir la vie du célèbre cambrioleur. En effet, ce dernier racontera en détail sa vie : comment il est devenu mousse à 11 ans, comment il est entré dans des groupes anarchistes, comme il a planifié ses coups les plus célèbres, etc.

Bien qu’Alexandre Jacob ait eu une existence mouvementée, chacun des éléments clés de sa vie est bien raconté. Mais comment aurait-il pu en être autrement? Matz nous a déjà prouvé à maintes reprises qu’il était un narrateur hors pair. Une fois de plus, il ne déçoit pas.

Le travailleur de la nuit n’a rien de l’album biographique assommant ou pompeux. Bourré d’actions et de rebondissements, il captive son lecteur du début à la fin ou presque. En fait, il n’y a que les 20 ou 30 dernières pages, consacrées aux dernières années de la vie d’Alexandre Jacob, qui m’ont semblé légèrement trop précipitées. J’aurais aimé que Matz prenne un peu plus son temps.

Attention! Cette « faille » ne gâche pas notre plaisir. Bien au contraire! Alexandre Jacob est un personnage intéressant, crédible et attachant malgré les nombreux délits qu’il a perpétrés. Très charismatique, c’est un homme qui sera, jusqu’à sa mort, proche de ses convictions. C’est un peu cliché à dire, mais il porte l’histoire sur ses épaules. Dans le passé, certains bédéistes ont commis l’erreur, dans leur récit biographique, de mettre en scène un personnage trop froid, entêté ou encore détaché du monde. Ce n'est bien sûr pas le cas ici.

Visuellement, Léonard Chemineau nous en met pour sa part plein la vue. À l'aide de son crayon, il navigue entre les époques et les lieux avec une facilité déconcertante. Avec son trait légèrement anguleux, il nous offre une merveilleuse reconstitution historique. Les vêtements, les rues, l’atmosphère, les coupes de cheveux : aucun élément n’est laissé au hasard. C'est de toute beauté!

Verdict

Vous êtes amateurs d’histoires de cambriolages et de hors-la-loi? Vous devriez vous régaler en lisant Le travailleur de la nuit, une bande dessinée impeccable à quasiment tous les points de vue.

 

Le travailleur de la nuit

Matz et Léonard Chemineau

Rue de Sèvres

128 pages

 

Cote : 4 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
Rue de Sèvres

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