Bernadette De Gasquet a écrit un livre qui s’intitule « Abdominaux : arrêtez le massacre! » dans l’espoir de voir enfin les gens prendre conscience de l’importance d’entraîner les muscles abdominaux correctement au lieu de perpétuer des coutumes et des mythes qui ne leur font que du tort. Bien d’autres régions du corps ont besoin d’un « reality check » et les mollets en font partie…

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Plusieurs risquent d’être surpris ou même choqués par les propos de cet article mais toute personne qui s’entraîne ou entraîne des gens devrait au moins considérer ce point de vue qui est celui d’un  professionnel de l’activité physique qui prend en considération la santé de ses clients. Mon avis en tant que kinésiologue et kinésithérapeute devrait d’ailleurs compter pour beaucoup étant donné que je vois autant les gens lorsqu’ils veulent performer que lorsque je dois les remettre sur pied.

Lorsque je lui fais son tout premier programme d’entraînement, il n’est pas rare que mon client me demande une fois les feuilles en main; « tu ne m’as pas mis de mollets? ». Cette réaction est dans un sens justifiée car le conditionnement physique découle de la culture physique, un sport qui a comme finalité d’évaluer le développement harmonieux (voire parfait) du corps humain. Il est donc prévisible que les gens s’inspirent de cette discipline et tentent d’en dupliquer certains aspects sans avoir le réflexe de se demander si ce qu’ils font est adapté pour eux. Cependant tout programme d’entraînement, quel qu’il soit, devrait être adapté aux besoins et aux capacités de la personne qui en subira les conséquences et vous devriez toujours vous demander; « à quoi ça me sert de faire ça? ». Et non seulement  vous en avez le droit mais le professionnel que vous avez engagé devrait aussi être en mesure de vous donner une réponse intelligible, tout comme je me dois de le faire avec mes clients car les respecter et les éduquer fait partie de mon mandat!

Les jumeaux et le soléaire, qu’on regroupe et surnomme communément les « mollets », se rejoignent sur  le « tendon d’Achilles » au talon. Les deux participent à l’extension de la cheville et la différence entre les deux étant que le soléaire, qui est celui le plus profond, s’attache moins haut et ne traverse pas l’articulation du genou. Il s’agit d’une structure assez massive car elle doit être en mesure de supporter le poids du corps à longueur de journée et faire face à une quantité importante de stress mécanique. Cette particularité l’expose aux microtraumatismes, aux contractures et aux rétractions tissulaires. Pensez-y une seconde, le nombre de fois dans une journée où vous devez vous élever, sauter, monter, descendre ou même conduire votre voiture et multipliez par les semaines, les mois et les années… j’espère que vous comprendrez tout de suite que s'il y a une partie de votre corps qui mérite un peu de répis, c'est bien le « triceps sural » et que contrairement à la coutume populaire pratiquée en salle de musculation ce dernier a davantage besoin de se faire libérer de tout le stress qu'il endure que d’en subir plus!

Pourquoi croyez-vous que vous pouvez mettre autant de poids sur la fameuse « machine à mollets » au gym? C’est pourtant aussi simple que logique; parce qu’ils sont déjà forts!!! L’entraînement du pied devrait davantage se concentrer sur l’entretien de sa mobilité et de sa capacité de s’adapter que sur son renforcement (augmentation de la force ou de la rigidité).

À moins d’être dans une condition particulière (ex : un sportif de haut niveau à la recherche de performance, un patient en phase de rééducation ou un culturiste à la recherche de développement spécifique) je ne vois pas pourquoi vous voudriez surtaxer vos pauvres mollets. Les avant-bras sont un peu dans la même situation alors qu’ils sont non seulement constamment utilisés au cours de la journée mais également surtaxés plus que jamais (conduite automobile, travail à l’ordinateur, téléphones portables, etc).

J’intègre donc l’entraînement de la cheville et du pied, au besoin, dans les exercices qui travaillent les jambes et je recommande souvent à mes clients de se masser les pieds et de s’étirer les mollets chaque jour. Si tout le monde faisait cela nous serions beaucoup moins infestés de symptômes chroniques tels que périostites, fasciites plantaires, arthrose, tendinites, claquages musculaires, troubles de circulation ou fractures de stress. Le manque de mobilité à la cheville est aussi en cause dans bien des troubles affectant le genou, la hanche et le dos car le pied est en quelque sorte le capteur sensoriel qui oriente le positionnement des membres inférieurs et en bout de ligne du reste du corps. Ce dernier joue entre autre un rôle extrêmement important dans la posture et la marche et doit pouvoir s’adapter aux particularités du sol ou de ce que vous portez. Si vous avez un travail statique ou que vous portez des souliers rigides ou surélevés cet aspect devrait prendre alors encore plus d’importance!

L’amplitude de la cheville en flexion (lorsque vous relevez le pied) est déjà plus petite qu’en extension (lorsque vous pointez le pied) et nous sommes en général beaucoup plus souvent dans une situation où le talon est surélevé par rapport aux orteils alors pourquoi encourager un déficit déjà inégal? Prenez la peine de vous poser la question.

L’antéprojection du « talus » est d’ailleurs une condition fréquente chez ceux qui courent ou sautent beaucoup. Le talus est le premier os libre de la cheville pris entre le tibia et la fibula et ce dernier peut glisser vers l’avant et limiter encore plus le mouvement en flexion. Les mouvements répétitifs en extension jumelés aux contractures importantes des muscles postérieurs de la jambe auront cette conséquence et la personne éprouvera alors une sensation de « blocage » à l’avant du pied plutôt que d’élongation musculaire à l’arrière lorsqu’elle tentera de relever le pied ou d’exécuter des exercices d’étirement. Du coup même les étirements ne seront plus efficaces pour diminuer le tonus résiduel et espérer améliorer la mobilité du pied.

D’ailleurs ni les étirements ni les exercices de renforcement ne font faits correctement la majorité du temps. Pensez-vous réellement à maintenir en tout temps le poids dans le talon et le genou en extension complète lorsque vous étirez vos jumeaux? Pensez-vous également à poursuivre avec l’exercice genou fléchi pour étirer spécifiquement le soléaire? Prenez-vous la peine de retenir lentement la charge et de maintenir la position d’étirement au moins une seconde en position basse dans vos exercices de renforcement pour justement augmenter leur capacité des mollets à tolérer un stress eccentrique? J’en doute…

Le problème c’est que les gens aiment ce qui est traditionnel, ne prennent pas la peine de remettre les choses en perspectives et, comme je le mentionnais dans mon dernier article, sont plus que jamais accrocs à l’intensité. Sauter et se lever sur la pointe des pieds leur procure un plaisir subjectif qui surpasse le jugement objectif qu’ils pourraient avoir et les entraînements comprenant des sauts répétitifs et des déplacements rapides avec charge sont très à la mode. Les gens veulent avoir l’impression de travailler avant de savoir si ce qu’ils font est bon pour eux… malheureusement ils risquent fort d’en payer le prix plus tard.

Je pourrais en discuter encore longtemps car l’entraînement « inutile » des mollets peut avoir bien des conséquences mais je ne veux pas m’éterniser sur le sujet et le but n’est pas non plus de vous ennuyer avec un cours complexe d’anatomie.

Retenez simplement que, si vous voulez vraiment faire du bien à votre corps, massez et étirez vos mollets au lieu de les tourmenter en salle de gym et travaillez vos pieds. Si faire de la compétition de culture physique ne fait pas partie de vos plans, ça ne vous sert à rien d'essayer d’avoir de gros mollets... même que vos efforts risquent plus de vous attirer des ennuis qu'autre chose.

 

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