BORNES ÉLECTRIQUES

Faites-vous totalement confiance à votre médecin ? Normalement, la réponse devrait être positive. Après tout, votre médecin est responsable de votre santé, celui chargé de vous guérir si vous avez un bobo ou une maladie. Or, l'histoire médicale est entachée de spécialistes peu scrupuleux qui sont allés jusqu'à tuer leurs patients pour différentes raisons. Parmi eux se trouve le docteur Harold Shipman, dont voici le dossier criminel.

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Un jeune prodige traumatisé par une mort

Harold Frederick Shipman naît le 14 janvier 1946 à Nottingham, en Angleterre. Doué pour les études, le jeune Shipman est également un athlète accompli. En effet, il excelle au rugby et est aussi un féroce coureur, parvenant jusqu'à occuper le poste de vice-capitaine de l'équipe d'athlétisme de son école à la fin de son adolescence.

Bien qu'il n'ait aucun conflit avec son père, Shipman est particulièrement proche de sa mère. Or, à l'âge de 17 ans, un événement marquera l'esprit du médecin à en devenir pour le restant de ses jours. Gravement malade, Shipman assiste, impuissant, aux derniers jours de celle lui ayant donné la vie. Au fil des mois, il voit les médecins administrer des doses de plus en plus importantes de morphine à sa mère afin d'alléger ses souffrances. Le 21 juin 1963, l'adolescent voit sa mère pousser son dernier souffle, perdant ainsi son combat contre le cancer des poumons qu'elle combattait.

 

Un médecin controversé, mais fort apprécié

Peut-être en raison des souffrances endurées par sa mère, peut-être parce qu'il avait une redoutable intelligence ou peut-être simplement par intérêt, Shipman postule à l'école de médecine de Leeds, de laquelle il gradue en 1970. Quatre ans plus tard, il occupe son premier poste de médecin généraliste dans le comté de West Yorkshire.

Le début de carrière de Shipman est entaché lorsque, en 1975, on découvre qu'il a contrefait des prescriptions de Demerol afin d'utiliser ce puissant médicament pour lui-même. Pour cela, il est condamné à une amende de 600 livres sterling ainsi qu'à une thérapie fermée dans une clinique de réhabilitation du comté de York.

En 1977, Shipman reprend la médecine générale jusqu'en 1993, alors qu'il commence à opérer à titre de chirurgien. Rapidement, et même s'il manque clairement d'empathie envers ses patients, il devient un modèle ainsi qu'un collègue très estimé auprès des autres médecins, qui ne se doutent pas que Shipman deviendra l'auteur d'un terrible film d'horreur au cours des prochaines années.

 

Le début de la fin

En mars 1998, des soupçons commencent à s'élever au sujet des pratiques du docteur Shipman. En outre, on interpelle le coroner du district de South Manchester à l'effet que le nombre de décès parmi les patients du médecin est très élevé. Plus spécifiquement, on s'inquiète du nombre de formulaires de crémation pour personnes âgées qu'a signés le médecin. Malheureusement, même si le tout est rapporté à la police, l'enquête ne permet pas de trouver des preuves suffisantes afin d'incriminer le bon docteur.

Toutefois, le 24 juin 1998 marquera le début de la fin pour Harold Shipman. À cette date, on retrouve le cadavre de Kathleen Grundy chez elle. Shipman est la dernière personne à l'avoir vue en vie, ayant été jusqu'à signer son certificat de décès en mentionnant que son âge avancé était la cause de sa mort. La fille de Grundy, avocate de formation, se montre très préoccupée lorsqu'elle apprend que sa mère aurait modifié son testament en excluant l'ensemble de sa famille. Le seul bénéficiaire était, vous pouvez le deviner, Harold Shipman, auquel Kathleen Grundy cédait un héritage s'élevant à 386 000 livres sterling.

La fille de Grundy se rend à la police, qui ouvre immédiatement une enquête. Les forces de l'ordre vont jusqu'à exhumer le corps de la dame âgée afin qu'un médecin légiste puisse déterminer la cause de la mort. Leur pif leur donnera raison puisqu'on retrouvera un dérivé de l'héroïne (diamorphine) dans le corps de Grundy, une substance souvent utilisée pour atténuer les douleurs de patients souffrant de cancers en phase terminale. Jusqu'à preuve du contraire, Grundy était une femme en forme ne souffrant d'aucun cancer avant sa mort.

Questionné par les policiers, Shipman explique que son ancienne patiente était accroc à l'héroïne et il tente de prouver le tout en leur montrant ses notes informatiques dans le dossier de sa patiente. Or, les policiers découvriront que Shipman a inscrit ces notes après le décès de Grundy et non tout au long de son suivi. Pire, les enquêteurs trouveront chez Shipman une machine à écrire qui a servi à rédiger le testament de la vieille dame.

Le 7 septembre 1998, Shipman est arrêté. La police saisit l'occasion afin d'enquêter sur d'autres morts certifiées par le docteur. L'enquête démontrera que Shipman avait un modus operandi consistant à administrer des doses fatales de diamorphine, signer leur certificat de décès puis modifier leur dossier médical en indiquant que la cause de la mort était la mauvaise santé des patients.

 

De graves accusations cachant une folie

Le procès d'Harold Shipman s'ouvre le 5 octobre 1999. Il fait face à 15 chefs d'accusations de meurtres. En outre, on l'accuse d'avoir volontairement administré des doses létales de diamorphine à 15 femmes âgées entre 1995 et 1998.

Le 31 janvier 2000, après six jours de délibérations, le jury reconnaît le médecin coupable des quinze chefs d'accusations de meurtres et d'un chef d'accusation de falsification. Le juge condamne automatiquement Shipman à la prison à vie en recommandant qu'il ne soit jamais remis en liberté. De plus, il ajoute quatre ans de détention à purger consécutivement aux peines d'emprisonnement à vie pour la falsification du testament de Kathleen Grundy. Le tribunal en a également profité pour sévèrement blâmer les policiers en affirmant que les forces de l'ordre auraient dû confier l'affaire à des enquêteurs d'expérience lorsque les premiers soupçons sur les agissements de Shipman ont fait surface plutôt qu'à de jeunes enquêteurs. Ainsi, d'autres meurtres auraient pu être évités. 10 jours après sa condamnation, Harold Shipman est officiellement radié par le Collège des médecins.

Suite au procès, les autorités déclareront qu'elles auraient pu poursuivre Shipman sous plusieurs autres chefs d'accusations. Or, l'affaire ayant créé énormément de remous en Angleterre, il aurait été extrêmement difficile d'avoir un procès impartial pour le médecin. De plus, les condamnations rendues pour les 15 meurtres auraient rendu toute autre peine pour n'importe quel autre chef d'accusation caduque.

 

Une mort précipitée demeurant inexpliquée

Harold Shipman a constamment nié les accusations pesant contre lui. Bien qu'il n'ait jamais commenté l'affaire publiquement, le médecin déchu a fortement contesté les méthodes scientifiques utilisées et ayant mené au dépôt d'accusations. Sa femme, Primrose May Oxtoby, a également soutenu son mari jusqu'à sa mort. Effectivement, le 13 janvier 2004, Harold Shipman s'est pendu dans sa cellule à l'aide des draps de son lit. Il était âgé de 57 ans.

Les familles des victimes ont très mal réagi au suicide de l'ex-médecin, mentionnant qu'il a emporté bon nombre de secrets avec lui dans sa tombe et que jamais elles n'auraient la satisfaction d'entendre ses confessions. La presse fut également divisée à ce sujet, certains se réjouissant de sa mort et d'autres affirmant qu'il n'était qu'un lâche.

Ceci dit, même si le motif du suicide de Shipman demeure un mystère, il aurait mentionné à son agent correctionnel qu'il envisageait de se suicider afin d'assurer une sécurité financière pour sa femme. Cette dernière a en effet reçu la pleine pension de son mari à laquelle elle n'aurait apparemment pas eu droit s'il avait vécu au-delà de 60 ans. Par ailleurs, même si elle a défendu son mari, des rumeurs ont fait état qu'Oxtoby commençait à douter de l'innocence de Shipman avant qu'il ne se suicide, ce qui aurait pu pousser ce dernier à mettre fin à ses jours.

 

Les contrecoups de l'affaire Shipman

Le cas d'Harold Shipman a fortement ébranlé l'Angleterre, et ce avant et après sa mort. En outre, alors qu'il était en prison, une enquête spéciale fut déclenchée afin de faire la lumière sur le nombre de meurtres potentiels qu'aurait commis le médecin. L'enquête, entérinée par une juge, a permis de découvrir que Shipman aurait tué au moins 215 patients, la majorité étant des femmes âgées en bonne santé ! L'enquêteur principal au dossier, Chris Gregg, a estimé que Shipman a tué 250 personnes, mais ce nombre pourrait être encore plus élevé. Effectivement, on a calculé que 459 patients du médecin sont morts sous ses soins. Or, de ce nombre, on ignore exactement combien l'ont été par meurtre.

En 2005, les médias ont fait état que Shipman pourrait avoir volé des bijoux de grande valeur à ses victimes. En outre, en 1998, on aurait retrouvé des bijoux d'une valeur de plus de 10 000 livres sterling dans son garage. Lorsque sa femme a demandé à ce que les bijoux lui soient retournés, une autre enquête fut enclenchée. Bien qu'une majorité de bijoux appartenaient effectivement à l'épouse de Shipman, elle n'était pas la propriétaire de 33 d'entre eux. Il a d'ailleurs été confirmé que l'un de ces bijoux, une bague en diamant de grande valeur, appartenait à l'une de ses victimes.

D'autre part, ce qu'on a appelé l'effet Shipman a provoqué de grands remous dans le système médical britannique. Ainsi, les pratiques dans l'administration de médicaments et de substances ont été modifiées, tout comme celles ayant trait à l'écriture de certificats de décès. De plus, on a modifié de nombreuses pratiques médicales afin qu'elles soient opérées par plusieurs médecins plutôt qu'un seul, évitant ainsi de malheureux et désastreux événements comme dans le cas d'Harold Shipman.

 

Comment expliquer ces meurtres ?

En bout de ligne, qu'est-ce qui a pu motiver Harold Shipman à tuer autant de ces patients ? Serait-ce le trauma créé par la lente et douloureuse agonie de sa mère ayant, par le fait même, coupé le bon docteur de toute forme d'empathie ? Serait-ce l'appât du gain motivé par la falsification de testaments et le vol de bijoux ?

Harold Shipman a emporté le secret de ces meurtres avec lui de sorte qu'on ne saura jamais pourquoi il a agi ainsi. Néanmoins, dans un livre intitulé Prescription for Murder, les journalistes Brian Whittle et Jean Ritchie ont avancé deux théories pour expliquer les motivations de Shipman. La première veut que ce dernier aurait volontairement pris plus de risques afin d'être arrêté puisque sa vie était hors de contrôle. La seconde mentionne qu'il aurait planifié de prendre sa retraire à l'âge de 55 ans et de quitter l'Angleterre dans un pays où il ne risquait pas l'extradition, une belle fortune amassée avec la mort de ses patients en poche.

Quoi qu'il en soit, les actions d'Harold Shipman auront jeté une grande ombre sur la profession de médecin, qu'on considère depuis la nuit des temps comme étant noble et vénérable.

 

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Source(s) image(s):
The Mirror
Crime Scene Database

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