Le séjour silencieux.                Entre le chapelet de colonnes de granit tel des gardes de mon intimité et le chant réconfortant d’une multitude d’oiseaux joyeux, je vis mon silence. Je vis, moi le verbomoteur, sans paroles, mais le silence doit être plus en profondeur pour me rendre en corrélation avec le moi.

           Le chant grégorien des célébrations me pénètre, m’envahit et, à la fois me vide du bruit perpétuel de mes pensées routinières. La verdure tendre du mois de mai offre un décor paisible de ressourcement. Le jeu des nuages gris et blancs entrecoupé de la présence solaire fait vaciller les sentiments et les émotions entre la mélancolie et le bien-être intérieur. Seul, parmi une panoplie de personnes qui m’observent, parfois je me sens juger, d’autre fois je me surprends à faire de même. Vidanger l’information sociale, être normale en étant hors normes c’est l’état tant convoité.           

      Le voile du soir se répand, la nuit sera porteuse de ses conseils qui dicteront ma route, à condition que j’y sois attentif. Je continue mon chemin vers le vide, vers le rien, vers l’absence tout cela pour connaître et comprendre la présence. Je vis, je vibre au maintenant sans réflexion et sans justification. Les cloches de l’abbaye sont le seul rappel temporel qui donne un horaire à ma démarche.  Le réveil à l’aube fraîche me plait. Chaque rituel est vécu avec une lenteur qui permet une appréciation renouvelée de nos actes quotidiens. Même la respiration est plus profonde et nettoyante.    

       Une randonnée cycliste, la première de la saison, courte, mais qui me ressasse, par les douleurs, mon manque de forme. Je termine lentement de lire un bon livre : quelle joie d’en avoir le temps. Mon rythme interne se stabilise et donne à mon séjour sa sensation de paix tant recherchée. Le bruit intérieur se change en chant doux et mélodieux qui berce mes absences de pensées. Tel un enfant, je joue le jeu juste pour jouer : objectifs, buts, évaluation des résultats et productivité, tous aux oubliettes.   Au dîner, comme dessert de la compote de pommes; à chaque bouchée, je pense à toute la chance qui m’est donnée de pouvoir goûter au labeur monastique qu’est la culture du verger m’entourant. Une visite impromptue à la chapelle me donne le privilège d’un court concert d’orgue majestueux; ah! La subtile différence entre le bruit social assourdissant et la divinité du son produit par un artiste. Galarneau, l’astre solaire nous fait grâce de sa présence, son énergie me convie à le rejoindre. Plein air, nature et lecture captivante, je suis comblé.            

      Quand l’esprit humain est libéré de ces lourdeurs les liens synaptiques ont la possibilité de voyager libre dans le vide; ce même espace donne lieu à l’inspiration; galante source de la créativité. D’une première tache de peinture naît un tableau de maître. Le regard du poète génère la poésie.           

     C’est les paupières lourdes que je termine ce second jour de silence. Le soleil descend et je me mets au diapason de son circuit, je m’ajuste à lui pour la spontanéité du geste.           

     En ce matin du départ, le rituel de quitter ma chambrette me rappelle amèrement mon retour vers le réel trépidant, mais trop vite pour être apprécié. Voici la fin d’un compte-rendu d’un séjour de silence. Le poète a pris son droit de parole par l’écriture. Paix et Bonheur à tous ceux qui me liront.                                    

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