Lorsque j'étais petit, je savais que j'étais différent des autres. Ma différence n'était pas physique ni apparente, mais bien psychique. Or, dans l'esprit d'un enfant, quoi de plus apeurant que ce qu'il ne peut pas voir et encore moins comprendre. Je souffrais, mais j'ignorais pourquoi et mes parents étaient tout aussi perdus que moi devant cette douleur invisible.

Avec le temps, ce que je ne pouvais nommer a entraîné beaucoup de conséquences négatives. J'étais le petit gars qui craignait de sortir, qui voulait plus ou moins jouer avec ses amis dans la rue ou dans la piscine et qui était rebuté à l'idée d'aller dormir ailleurs. Ce que les autres enfants trouvaient amusant, je trouvais ça effrayant. J'en suis venu à me replier, à me créer un monde à part entière puisque chaque fois que je faisais une activité qui sortait de mon quotidien, j'avais des symptômes inexplicables : nausées, maux de tête, tremblements, pâleur, nommez-les, je les avais tous.

À l'adolescence, tout cela n'a fait qu'empirer. Les symptômes ont explosé en termes de fréquence et d'intensité, et plus le temps passait, moins je devenais fonctionnel. En bout de ligne, j'ai fini par abandonner l'école puisque cette condition particulière a attiré des vautours, des gens qui profitaient de ma fragilité mentale pour me taxer, me brutaliser et me violenter psychologiquement. Devant l'impasse et désirant obtenir des réponses, mes parents et moi-même avons décidé de faire appel à des spécialistes...

Des experts dans le domaine des troubles de santé mentale et du dysfonctionnement social, j'en ai vu plus que je n'aurais dû. Des diagnostics, j'en ai obtenus avant que l'on puisse précisément nous dire ce dont je souffrais depuis un tout jeune âge. En fait, au milieu de l'adolescence, on a mis le doigt sur le trouble qui m'affligeait : trouble panique avec anxiété généralisée. Quel constat effrayant pour un adolescent que d'apprendre qu'il souffre de quelque chose avec un nom aussi épeurant... Bien sûr, avec le temps, j'ai appris à ne plus en avoir peur ou honte, j'ai approfondi mes connaissances et, à force d'introspection, je me suis mieux connu et j'ai découvert les origines de ce trouble, de ces crises de panique avec lesquelles je dois composer. Mais à l'adolescence, oh que ça n'a pas été facile...

Vous vous demandez peut-être pourquoi je partage avec vous cette tranche de vie et ce que cela apporte. En fait, je désire non seulement sensibiliser les gens sur cette problématique très souffrante pour celui ou celle qui la vit, mais aussi donner espoir à des personnes qui, comme moi, doivent composer avec. Espoir à l'effet qu'il ne s'agit pas d'une condition irréversible de laquelle on ne peut guérir. Espoir qu'on peut s'en sortir. Espoir que oui, même lorsque les crises de panique envahissent notre vie et qu'on n'entrevoit pas d'avenir, il est possible d'avoir foi et de croire en un lendemain meilleur. Il faut parfois accepter l'aide dont on ne veut pas et écraser ses convictions, mais il est possible de s'en sortir.

Un jour, j'ai été l'une de ces personnes incapables de sortir de chez elle en raison d'une peur ensevelissante. Aujourd'hui, je suis l'un de ceux qui parviennent à vivre avec une anxiété certes présente, mais qui ne l'empêche aucunement de fonctionner. Si vous vous reconnaissez et que vous souffrez vous-même d'un trouble panique, ce message s'adresse d'autant plus à vous afin de simplement vous dire de ne pas perdre espoir.

Dans un prochain billet, je me propose de décortiquer le trouble panique proprement dit à partir de ma propre expérience. J'ai divisé les phases d'une panique en trois temps, à savoir l'anticipation, la panique et la culpabilité. De cette façon, peut-être contribuerai-je un peu à démystifier cette condition plus répandue qu'on ne le croie...

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