Après « Phobies des moments seuls », Samuel Cantin revient à la charge en nous offrant un second album à l'humour décapant, « Vil et misérable », publié aux Éditions Pow Pow. Âmes sensibles s'abstenir!

« 2 pour 1 sur les Balzac à l'achat d'une Chrysler »
 
Lucien Vil travaille dans une librairie usagée qui partage ses locaux avec… un concessionnaire vendant des voitures de seconde main! Il se sent mal dans sa peau et a de la difficulté à bien s'intégrer à son milieu de travail. Tous ses collègues de travail lui tapent affreusement sur les nerfs.
 
En fait, il n'y a qu'une journée où il se sent comme les autres ; c'est pendant l'Halloween. Il faut dire que Lucien n'est pas un homme comme les autres. C'est un démon.
 
Juste avec cette courte mise en bouche on devine tout de suite que cette oeuvre ne se prend vraiment pas au sérieux. Mais ce n'est là que le début. Du début à la fin, elle est remplie de propos ou de situations qui frôlent l'absurdité la plus totale.
 
C'est vrai que c'est souvent con, mais, franchement, c'est vraiment hilarant! Les gags sont tous réussis et comiques. En fait, il est rare que j'aie autant ri en lisant une bande dessinée. Depuis L'ostie d'chat, c'est la BD la plus drôle que j'aie lue et ce n'est pas peu dire!
 
Évidemment, avant d'entamer sa lecture, il faut avoir l'esprit ouvert. Les dialogues sont, en effet, souvent crus. Les personnages parlent la plupart du temps sans aucun filtre et font preuve de vulgarité. Il y a aussi quelques remarques de nature sexuelle ou sexiste.
 
On sent toutefois que l'auteur n'a pas été vulgaire juste pour le plaisir de l'être. Cette brutalité verbale sert bien l'intrigue, car derrière ce franc-parler, se cachent des thèmes importants comme l'acceptation de soi, l'amour-propre et la vie en société.
 
Cette inélégance dans les dialogues permet également de rendre les personnages plus attachants, naturels et « humains ». Lucien, s'il n'était pas un démon, pourrait presque être le genre de gars que l'on rencontre dans un bar de Montréal. Ça change, en tout cas, des héros braves et vertueux qui pullulent dans le monde du 9e art.
 
Les autres personnages ne nous laissent pas non plus indifférents et rivalisent admirablement avec le démon. Le psychologue de Lucien, Stéfano Von Strudel, est d'ailleurs mon favori. On se demande pourquoi il pratique encore. Il fait tout ce qu'un psychologue ne doit pas faire : il n'a aucun respect du secret professionnel, aucune compassion et se moque même de ses clients. Le meilleur passage est quand il se rend sur les lieux de travail de Lucien pour interroger ses collègues et en profite pour le rabaisser. Chacune de ses interventions provoque des fous rires.
 
Des dessins au service du scénario
 
Les dessins, même s'ils ne sont pas en couleurs, sont pour la plupart très inspirés. Les environnements sont assez minimalistes, alors que les personnages ont bénéficié d'un travail minutieux. Ces derniers sont souvent très caricaturaux (à l'image de l'œuvre entière), sans pour autant tomber trop dans le cliché. On a ainsi beaucoup de plaisir à lire les pages de cet album.
 
Verdict
 
Pour ce deuxième album, on peut dire sans l'ombre d'un doute que Samuel Cantin  s'est surpassé. Vous aurez beaucoup de plaisir à lire cette bande dessinée à l'humour dérangeant, à condition de ne pas jouer aux vierges effarouchées!
 
Cote : 5 étoiles sur 5.
 
Pour plus d'informations sur Vil et misérable ou sur les autres créations des Éditions Pow Pow, visitez le site Internet de l'éditeur.
 
 
 

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