BORNES ÉLECTRIQUES

C'est avec l'œuvre « Manon » de Jules Massenet (1842-1912) que l'Opéra de Montréal a décidé de clore sa saison. Le pari était risqué puisque cet opéra fait partie des plus appréciés du public.

Une jeune femme tombe amoureuse d'un charmant chevalier
 
Considéré par plusieurs comme l'opéra le plus célèbre du compositeur français et parmi les chefs-d'œuvre du répertoire lyrique, Manon a tout pour plaire. Inspiré du roman du XVIIIe siècle de l'abbé Prévost, il raconte l'histoire de Manon Lescaut (interprétée par la soprano Marianne Fiset), une jeune femme qui doit rejoindre son cousin Lescaut (incarné par le baryton-basse Gordon Bintner) pour aller au couvent. Son voyage est interrompu lorsqu'elle fait la rencontre du beau Chevalier des Grieux (joué par le ténor américain Richard Troxell, en remplacement de Bruno Ribeiro).
 
Les deux tourtereaux souhaitent se marier, mais le père du jeune noble, le Comte des Grieux (interprété par la basse Alain Coulombe) s'y oppose. Finalement, les deux amants sont séparés. Manon devient la maîtresse d'un riche noble, Brétigny (incarné par le baryton-basse Alexandre Sylvestre), alors que des Grieux doit entrer au séminaire. Finalement, les deux amoureux se retrouvent de nouveau, mais suite à une histoire de pari qui a mal tourné, la jeune femme est déportée. Va-t-elle être sauvée par son charmant chevalier ?
 
Ce qui a sans doute fait le succès de cet opéra, c'est qu'il regroupe plusieurs genres. En effet, en l'espace d'une scène on peut passer sans le savoir du mélodrame au comique ou encore de la légèreté à la gravité. On peut même aller jusqu'au très tragique. Ce « pot pourri » de styles, qui est toujours amené de manière intelligente et sans brusquer l'audience, permet au spectateur d'être à l'écoute du début à la fin, ce qui n'est pas une mauvaise chose quand on sait que l'opéra fait 5 actes et six tableaux et qu'il dure, avec les entractes, environ 3 heures. Mais pour que la magie opère, il faut une belle mise en scène, des chanteurs doués et un orchestre en forme.
 
Une Manon exquise!
 
Manon comporte plusieurs airs célèbres. Il faut toutefois avouer que c'est le rôle-titre qui a la chance de chanter le plus d'airs solos. C'est donc la soprano qui a une grande part de la pression. Une chanteuse qui n'est pas douée ou encore mal préparée risque de donner un goût amer au reste de la production. Heureusement, Marianne Fiset a été tout simplement flamboyante dans le rôle de la jeune femme. Sa voix était claire, puissante et faisait preuve d'une grande polyvalence, comme le requiert le rôle.
 
Dans le fameux air du deuxième acte « Adieu, notre petite table…, » elle a fait preuve de retenue et d'une grande mélancolie, alors que dans « Je suis encore toute étourdie », elle a pu se fondre entièrement dans son rôle en chantant avec une nonchalance et une naïveté déconcertantes.  Évidemment, nous n'avons rien à dire de négatif sur sa prononciation et sur son respect de la partition. Ça frôlait la perfection.
 
Elle partageait la vedette avec Richard Troxell. Il nous a livré une prestation fort honorable, étant donné qu'il a accepté de remplacer le ténor Bruno Ribeiro à la dernière minute. Toutefois, à quelques moments, son interprétation n'était pas entièrement fidèle à la partition. Nous lui pardonnons néanmoins cet écart de conduite compte tenu des circonstances.
 
Les deux amoureux partageaient la scène avec d'autres chanteurs fort convaincants. Gordon Bintner a été très théâtral, comme le requiert en partie son rôle. Même s'il a un rôle somme toute assez modeste, Alain Coulombe a littéralement volé la vedette. Maîtrisant parfaitement sa superbe voix grave, il offrait un peu de sobriété à l'ensemble.
 
Si vous êtes déjà familier avec Manon vous remarquerez que quelques petits bouts ont été coupés. Il ne faut pas crier au drame puisque ce n'est pas la première fois qu'une maison d'opéra fait cela. Cela permet de faire des économies de mise en scène et de rendre l'action souvent plus dynamique.
 
Une mise en scène sublime
 
Ici, l'Opéra de Montréal s'est vraiment surpassé. Dès que le rideau s'est levé, j'ai été impressionné par la beauté des décors et des costumes. Tout était somptueux, comme le demande d'ailleurs l'œuvre. J'ai adoré la scène de l'Acte 1 qui représentait une auberge. Avec l'ajout de figurants, la scène semblait vivante et animée. Je peux dresser le même constat pour l'Acte 4, qui se déroule dans un Hôtel qui abrite une maison de jeu. Visuellement, c'est le décor le plus majestueux.
 
On admire également la retenue dont ont fait preuve le metteur en scène et les responsables des décors et des costumes pour nous présenter une chapelle austère (Acte 3) où vivent des ecclésiastiques tout aussi sévères. Finalement, le dernier acte fait place à un décor dépourvu de tout artifice, laissant ainsi toute la place au couple qui en profite pour nous livrer la prestation la plus touchante du spectacle.
 
Verdict
 
Au final, on constate avec un grand plaisir que chanteurs, orchestre, décors et costumes ont tous travaillé main dans la main pour être le plus fidèles possible au désir de Massenet. Ils pouvaient être comiques et exubérants et, le moment d'après, être tragiques et sobres,  et ce, avec une facilité presque enfantine. Bref, cette nouvelle coproduction de l'Opéra de Montréal et du Michigan Opera Theatre n'a rien à envier aux plus belles productions du monde lyrique. Chapeau!
 
 
Manon est à l'affiche les 18, 21, 23 et 25 mai 2013 à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal. Plus d'informations sur le site de l'Opéra de Montréal.
 

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