La quasi-totalité des films d'animation projetés au cinéma provient des États-Unis. Il faut bien avouer que les productions du genre sont plutôt rares, sinon inexistantes, dans la belle province. Heureusement, il y a quelques précurseurs qui tentent de démocratiser la chose chez nous, comme Nancy Florence Savard et Pierre Greco, respectivement productrice et réalisateur du tout nouveau film d'animation « Le Coq de St-Victor ».

« Maudit coq! »

Depuis près de 7 ans, tous les matins de l'année, le coq (Gaston Lepage) réveille les habitants du petit village de Saint-Victor. Le maire (Guy Jodoin) de la municipalité croit que sans l'apport du coq, le village ne serait pas aussi prospère. Sauf que de plus en plus de villageois commencent en à avoir marre de l'animal. Quand le maire de Saint-Benoit vient leur proposer d'échanger le coq contre leur âne, ils acceptent sans hésiter.

Sans coq pour réveiller les habitants tous les matins, Saint-Victor commence à dépérir petit à petit. Les villageois se la coulent douce et ne s'occupent plus de leurs tâches quotidiennes. Le fermier ne récolte plus son blé, le meunier ne fabrique plus de farine et la boulangère ne fait plus de pains. Mais tout cela finit par avoir des conséquences et à faire mal à la municipalité. Un petit groupe d'habitants, composé notamment du grognon Thomassin (Guy Nadon), décide d'aller récupérer le coq dans le village voisin.

Une première initiative

Avant d'aller plus loin, peut-être est-il bon de souligner que Le Coq de St-Victor est le premier film d'animation qui a été conçu entièrement au Québec en version originale française. Ce n'est pas rien! Il est bien sûr évident que les artistes québécois n'ont pas la même expérience que les ténors dans le domaine comme Pixar ou DreamWorks SKG. Par contre, je pense sincèrement qu'ils sont dans la bonne voie.

L'aspect visuel du Coq de St-Victor est très « cartoon » et est à l'opposé de ce que nous offrent des films comme La Reine des neiges. Néanmoins, l'animation demeure de très bonne qualité. Les personnages sont originaux et expressifs (voire très caricaturaux avec leurs grands yeux), alors que les décors sont très colorés. J'aurais cependant apprécié voir certains environnements (surtout l'intérieur des résidences) plus détaillés. En effet, à quelques moments, je trouvais que certaines scènes manquaient de chaleur, même si les couleurs étaient très vives.

Mais heureusement, le long métrage se rattrape assez bien au plan scénaristique. Bien que s'adressant d'abord aux enfants (surtout avec sa durée d'à peine 80 minutes), il n'a pas oublié au passage les adultes. Ce n'est pas le film d'animation le plus drôle, mais quelques blagues feront rire les petits comme les grands.

Par contre, Le Coq de St-Victor se démarque surtout des productions américaines au budget colossal par sa morale. Alors que la plupart des films tournés chez nos voisins du sud nous parlent toujours des mêmes thèmes comme le travail en équipe ou la force de l'amitié, ici, Pierre Greco a préféré sortir des sentiers battus en nous offrant une morale plus « mature », qui convient plus à notre monde du 21e siècle. En effet, la mésaventure des habitants de ce petit village va leur faire prendre conscience que dans la vie, il faut apprendre à doser les choses et à trouver l'équilibre entre travail et divertissement. Si la balance penche vers l'un ou l'autre, tôt ou tard les problèmes surviennent. Bref, avec subtilité, le réalisateur arrive à nous démontrer que pour être heureux, il faut savoir trouver l'équilibre dans nos vies.

Si vous avez vu l'affiche ou les bandes-annonces du film, vous aurez remarqué qu'une bonne brochette d'acteurs québécois ont prêté leur voix aux personnages de ce film. On apprécie qu'autant de comédiens de talent aient participé au projet. Tous étaient en très grande forme. Il était même difficile de reconnaître certaines voix tellement ils s'étaient amusés à se donner des accents. En fin de compte, ces comédiens expérimentés ont permis de donner une atmosphère bien québécoise au récit et de lui apporter un peu de chaleur.

Verdict

Près d'un an après la sortie de La légende de Sarila, Le Coq de St-Victor prouve une fois de plus qu'il y a beaucoup de talent au Québec dans le domaine du film d'animation. Pierre Greco a signé un film dont les thèmes véhiculés devraient interpeller beaucoup plus de cinéphiles que plusieurs productions venant de l'extérieur. Espérons que Le Coq de St-Victor ne soit que le premier d'une longue série de films d'animation de qualité créés au Québec. Les prochains films ne pourront qu'être meilleurs!

 

Cote : 3 étoiles sur 5

 

Le Coq de St-Victor prend l'affiche le 21 février 2014. Il sera également présenté, tous les jours, pendant le Festival international du film pour enfants de Montréal qui se tiendra durant la semaine de relâche du 1er au 9 mars 2014. 

Source(s) image(s):
Productions 10e Ave

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